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mercredi 21 octobre 2026

Starhawk, Spiral Dance, article 3/4 : description, critique, conseils

Après une sorte de longue introduction à la Sorcellerie (solitaire et en groupe) puis des concepts-clés et de nombreux Exercices, l’autrice bifurque au milieu de l’ouvrage vers une « théorie de la pratique » à la foi magique, wiccane et ésotérique. 🧙

« Chapitre 7 Les Symboles magiques » insiste sur la Magie comme force de changement intérieur tout autant qu’action sur ce qui nous est extérieur, avec quelques remises en cause dans ses notes. Le chapitre commence par des jeux de mots et aphorismes pour décentrer la vision. Starhawk décrit la Magie comme la pratique des Sorcières et Sorciers, qui vise à œuvrer sur des forces invisibles que l’on peut percevoir, en s’appuyant sur les rêves, de nombreux ingrédients, le changement de conscience (développé dans les chapitres suivants) et l'union à l’Autre. Elle insiste sur le côté inattendu des résultats de nos petites actions magiques. L’Inconscient peut être stimulé par des mots, des symboles, des choses. 

En note de traduction, une explication intéressante sur la différence entre le sort (l’intention) et le sortilège (la mise en œuvre), le premier étant une sorte de prière que le second projette dans l’invisible par des objets, des actes, des paroles. Il y a à la fois l’Esprit et les choses matérielles dans la Magie, choses listées dans des tables de correspondances symboliques héritées de l’Antiquité. En note, Starhawk propose une méthode de travail magique : 🪄 1° clarifier son intention (sort) par la méditation et la divination ; 2° se promener en ramassant les ingrédients ; 3° les lier/assembler pendant le rituel (sortilège) ; 4° s’en débarrasser en offrande.

La Magie demande des qualités mentales développées aux chapitres précédents, mais aussi un côté matériel et personnel développé, un sens du « ici et maintenant » en insufflant notre conscience dans notre volonté magique. Starhawk expose une sorte d’alchimie intérieure très jungienne, en lien avec les inconscients individuel et collectif, qui transforment le/la Mage par sa volonté. Elle insiste évidemment sur l'honnêteté, l’importance de la Parole magique, qui nous convainquent par autosuggestion. La Magie est une métaphore qui permet d’accéder aux Énergies subtiles, pour que nos petits sortilèges fassent « effet papillon ».

Donc les symboles, les images magiques, aident à concentrer et canaliser notre Énergie, avec auparavant une étape de préparation de l’intention ; aussi pour reconnaître nos émotions et les transformer par le sortilège. Starhawk revient régulièrement à ce qui nous dépasse : la Magie relie le Soi à une Énergie collective, de l’Humanité, au Cosmos. Puis elle développe sur l’Astrologie, notamment l’influence de la Lune, la plus forte car elle est l’astre le plus proche de la Terre : Lune croissante pour ce qui demande du développement, Pleine Lune pour l’Amour, décroissante pour le bannissement ; bien sûr les sorts sont adaptables ! 🌑🌓🌕🌗🌚

L’autrice insiste toujours sur la subtilité déconcertante des résultats ; et le fait que la Magie ne remplacera jamais les actions concrètes qui nous incombent. Elle demande de visualiser le résultat final, de le fixer dans un symbole projeté en conscience, puis de lier le sort ; ce qu’elle propose en Exercice 43. Puis elle développe sur les sorts liés à une autre personne, avec laquelle le/la Mage doit avoir un lien psychique, une sorte d’empathie très développée ; d’où l’idée ancienne que ce que nous envoyons à autrui nous revient en triple car nous sommes la source de l’Énergie envoyée.

C’est évidemment l’occasion de parler des Sorcières, dont le terme Hex renvoie aux objets symboliques hexagonaux dans les pays germaniques et aux Harpies.  ⬡ 🧙 Selon les traditions magiques, soit le consentement est obligatoire et donc les maléfices interdits ; soit à l’inverse on considère qu’il faut savoir jeter un sort pour guérir, notamment en empêchant autrui de nuire, qui donne des résultats encore plus surprenants que les sorts « bénéfiques ». Ce que l’on pourrait appeler « Magie Noire » est avant tout une Magie égoïste, dirigée contre autrui, qui détruit le/la Mage. Ce pourquoi Starhawk rappelle l’indispensable travail sur soi à faire, car toute Énergie envoyée nous revient en boomerang. 🪃 Elle glisse aussi que les sorts pour attirer l’Amour, attirent en fait le Sexe, ce dont je peux témoigner. 

Contre les attaques magiques, plus rares qu’on ne pense car elles sont souvent des pensées paranoïaques, Starhawk propose « Exercice 44 Filtre de protection », qui nécessite beaucoup de concentration pour durer dans le temps. Le chapitre se termine par de nombreux sortilèges, avec un rappel de la structure : Cercle-Pouvoir-fermer-mettre à la Terre ; et un rappel du lien entre ces sortilèges et les rituels saisonniers. 🌎🌳

Quelques-uns de ces sortilèges, et la plupart des « Charmes confectionnés avec des plantes », demandent néanmoins des ingrédients rares, des correspondances précises, des périodes précises aussi pour les confectionner, ce qu’elle dénonçait pourtant plus tôt. En note, elle insiste avec justesse sur l’art de détruire ce qui reste des sorts/charmes, faire quelque chose de biodégradable avec des ingrédients locaux. D’utiles correspondances sont exposées dans le « Charme pour obtenir un travail », domaine moderne qui comme l’Amour ou les sorts contre autrui, fait l’objet de nombreuses erreurs et malentendus.

Le « Chapitre 8 Énergie, le Cône de Pouvoir » est un autre chapitre de théorie mise en pratique, ici une théorie ésotérique mise en méditations et divinations. Il commence par une description subjective du Cône de Pouvoir émis en groupe, et ses effets de transe. Il s’agit d’après Starhawk, de se connecter à l’Énergie universelle en chacun de nous pour ensuite la renvoyer, en vivant extase et transe. Il faudra aussi savoir ressentir précisément cette/ces Énergie(s), en se connectant à la Nature, la Terre.

Elle décrit l’Énergie comme étant constamment en mouvement, à ne pas bloquer, sous forme de spirales, d’ondes, ce qui est un moyen de la relier à la physique quantique. Mais Starhawk insiste aussi sur le repos, la relaxation, car l’Énergie n’est pas de la même nature que nous Humains. Notamment, elle rappelle (et j’insiste avec elle !) l’importance de rendre l’Énergie utilisée à la Terre, ⏚ à la fin de tout rituel. De même au début de chaque rituel, il est conseillé de s’ancrer à la Terre, prendre conscience du Cercle. Puis l’autrice décrit un autre rituel, public et politique cette fois-ci.

 
Une vision idéalisée mais au moins pas dénudée... 

Elle rappelle qu’il faut dépenser de l’Énergie pour la faire monter, suer corporellement et perdre temporairement ses repères mentaux. Le Cône de Pouvoir, généralement focalisé sur un objet, une image à visualiser ensemble, est pour Starhawk le sommet des pratiques rituelles en groupe, après avoir effectué les Exercices 3 à 8, 21-22, 38. Cet « Exercice 45 Le Cône de Pouvoir » ouvre un nouveau cycle d’exercices à faire en groupe, jusqu’au 56 (avec quelques exceptions). Le début est classique : ancrés, en Cercle, respiration de groupe, chant sans paroles. Puis tout en chantant, il faut visualiser le but à atteindre collectivement, faire monter ce Pouvoir jusqu’à ce qu’il retombe. Enfin se détendre vers la Terre, et lui rendre l’Énergie.

Une longue note développe sur comment faire retomber ce Pouvoir, plutôt intuitivement par un petit groupe que de façon cérémonielle par un/e seul/e ; elle insiste sur la clarté de l’objectif à atteindre et visualiser pour éviter les manipulations. Starhawk suggère fortement d’ajouter des percussions, danses, rythmes, mots… pour accompagner le Pouvoir. 🥁

Suivent 2 exercices complémentaires : 46 « Le Chant de la Matrice » qui doit se faire en Cercle, allongé-e-s, les têtes au centre, en touchant « la matrice » (le nombril ? attention aux attouchements !) de ses voisins. Après ancrage, respiration de groupe, chant de Pouvoir, il s’agit de visualiser un souffle qui vient de cette Matrice, qui devient un son, un Cône de Pouvoir, qui retombe, mise à la Terre.

« Exercice 47 Mise à la Terre formelle » est la version ritualisée en groupe de l’Exercice 7 : si possible en tenant la baguette ou autre objet dirigeant l’Énergie, on lève d’abord les mains en visualisant le Pouvoir qui coule, on se relie à la terre et ancrage, puis avec un texte poétique on baisse les mains/la baguette jusqu’au sol, et on rend à la Terre. 🜃

Ce chapitre se poursuit avec une explication des 3 types d’Énergies : d’abord l’Énergie Élémentale, liée aux Éléments naturels, à nos besoins basiques corporels, dite aussi éthérique. Cette Énergie subtile est liée à la Terre, Air, Feu, Eau, ♁🌊🔥𐑺 plantes et animaux (et minéraux !), au Corps Éthérique, à l’Inconscient. En note, Starhawk insiste lourdement sur le nécessaire contact à la Nature : jardin, parc, forêt, grands espaces… le/la Mage doit se balader régulièrement ! Une autre note rappelle l’importance énergétique des animaux familiers 🐱 : chats, chiens qui sont plus animés, mais ces animaux sont souvent trop nerveux si on les intègre dans un rituel. Cette Énergie est renforcée à chaque ancrage.

La seconde est l'Énergie mentale, liée au cerveau, aux rêves. Pour Starhawk, Corps Éthérique et Corps Astral forment l’Aura, un champ d’Énergie personnelle qui rayonne selon diverses couleurs subtiles. Le Corps Astral peut être projeté en-dehors du corps physique par un voyage astral. 🧠

Enfin la 3ème est l'Énergie des Divinités et Esprits invoqués dans les rituels, temporaire, qui ouvre le troisième œil au milieu du front, après avoir ouvert les chakras précédents (nombril et plexus notamment). 👻 Puis Starhawk propose « Exercice 48 Le Pendule » pour harmoniser nos Énergies, faisable seul, en le laissant se balancer librement selon nos émotions. Après une profonde respiration ventrale, elle suggère de tenir le pendule 5cm au-dessus de la paume de l’autre main, se détendre, attendre, jusqu’à ce que notre Inconscient le fasse bouger par des mouvements involontaires.

Suivent des exercices à faire à deux : 49 « Ressentir l’Aura, la méthode du Pendule » avec une personne réceptrice qui fait osciller le pendule à 60cm de la personne émettrice, distance de l’Aura à partir de la fontanelle ; je suis réservé sur le conseil de chercher des zones de tension (à faire par un-e thérapeute) mais on peut repérer sans danger les zones plus énergétiques. « Exercice 50 Ressentir l’Aura, la méthode directe » est la même chose avec les paumes des mains, pour ressentir des zones chaudes et froides dans les Auras. 👐

« Exercice 51 Absorber et projeter l’Énergie » peut se faire avec pendule ou paumes. L’émettrice fait « Exercice 5 L’Arbre de Vie » et la réceptrice doit ressentir les « branches » d’Énergie ; puis l’émettrice doit visualiser l’Énergie être absorbée et la réceptrice doit la ressentir diminuée. « Exercice 52 Voir l’Aura » se fait en groupe : sur un fond blanc, l’émetteur/trice (Starhawk préconise nu-e mais bien sûr cela peut se faire sous-vêtements) se positionne, tous font les Exercices 10 puis 9, lumière tamisée. En regardant attentivement, on devrait percevoir le Corps Éthérique comme une ligne lumineuse, l’Astral sous forme d’un nuage coloré changeant. Pour terminer, elle rappelle que les objets magiques ont aussi leurs Énergies, reliées à celle de l’Univers. 🪄

Quoi de mieux que la Pythie, pour illustrer la Transe ? 

« Chapitre 9 La Transe » est le dernier chapitre sur le travail spirituel psychique. Après un récit de transe hypnotique, Starhawk insiste sur notre évolution interne, en connexion avec un Univers énergétique en perpétuel changement. Elle rappelle que physiquement, nous n’entendons ni ne voyons toute la Réalité ; pour elle, la Transe serait une perception du Tout. Elle expose que de nombreuses choses peuvent nous faire entrer en transe : incantations, rêveries, concentration, Arts, méditations. Le côté initiatique de ces états modifiés de conscience doit nous rendre humbles devant le Tout, et nous éloigner de ceux qui se disent supérieurs. Elle relie la Transe à des expériences universelles, formant l’Inconscient collectif. ☯

La transe est au-delà des sens physiques (qui pour ma part marchent fort bien en rêve), au-delà de ce que l’on peut nommer, elle est un accès direct aux Énergies subtiles, racontables sous forme de métaphores comme dans l’Alchimie, dans lesquelles évoluent des Entités qui entrent parfois en contact avec nous. En note, Starhawk insiste sur notre subjectivité, indispensable pour raconter nos vécus de transe, les interpréter, méditer dessus, notant que certaines entités peuvent venir de notre psychisme. Elle expose ensuite les énergies subtiles/astrales créées par des groupes appelées égrégores, ancrées dans des objets et espaces physiques, en citant Dion Fortune. 

Starhawk alerte sur le le voyage astral, qui se ferait plutôt dans le plan astral que dans le réel physique et nécessite beaucoup d’énergie personnelle, de la sécurité, sans dérangement, avec un Cercle de protection, rituel, visualisation. Elle rappelle que la transe développe la créativité, et la distingue de l’hypnose et des fausses idées sur les suggestions, car en transe nous nous auto-suggérons. La transe développe la médiumnité, le Soi profond enfantin, les révélations ; mais aussi l’Ombre, le refoulement, qui peuvent ressortir dans les récits que nous nous construisons après.

La longue note 51 développe sur l’Ombre qui peut apparaître en transe, notamment nos archétypes de pouvoirs abusifs sur nous-mêmes et sur autrui, notre « dictateur interne », nos paranoïas, jugements, comparaisons, jalousies, notre besoin d’ordre qui ne fonctionne pas en Spiritualité, notre autocensure. En antidote, Starhawk insiste sur le groupe de pratique, les processus de décision, le besoin de mystère, le partage d’expériences contre les non-dits, l'absence de hiérarchie. Elle préconise de se recentrer sur Soi, nos choix, nommer les conflits, prendre nos responsabilités, ne pas soigner autrui contre lui/elle, ne pas agir si nous ne sommes par concerné, faire amende honorable dans l’autre cas. Pour elle, aucune personne spirituellement élevée n’a jamais totalement rompu avec ses Ombres. 🕶

Starhawk s’élève contre la négation du corps et à l’inverse tout y rattacher, les « entités » qui nous enjoindraient d’abandonner ce qu’on aime, et met en garde sur le fait que l’Ombre peut faire tomber malade psychiquement par culpabilité, paranoïa du « mauvais œil »… 👁 Elle insiste encore sur la force du Coven, la douceur entre membres, pourquoi pas ritualiser nos confrontations, et ne pas s’acharner sur les personnes malades ni en bien ni en mal. L’autrice s’élève fermement contre les psychotropes, utilisés souvent d’une façon non-traditionnelle alors que le Chamanisme repose sur des contrôles s’exerçant depuis des générations, selon des structures mythologiques.

Le but de la transe est la vision, la conscience éclairée. Une excellente protection d’après Starhawk est l’humour, le rire - de soi-même y compris - sans oublier l’étude approfondie des rêves. L’autrice indique que les études de Magie et de Mythologie peuvent structures les rêves, elle préconise un journal des rêves, et s'entraîner à faire des rêves lucides. 💭

 

Après ces lourdes mais nécessaires théories, vient la pratique de la transe : elle peut être induite par la relaxation, la privation des sens, le rythme, et même l’ennui. La relaxation est préconisée en groupe. La privation sensorielle peut faire entendre des voix par exemple ; scruter un cristal et autres pratiques de voyance peuvent faire émerger des visions. Starhawk recommande fortement le rythme, le tambour chamanique, avec des rythmes syncopés ou des pulsations régulières à 8 ou 6 temps. La transe peut être encore amenée par la danse, la poésie métrique, les paroles chantées, l’ennui, la répétition musicale. 🎶

Starhawk rappelle de projeter un cercle en le visualisant, puis expose « Exercice 53 Recommandations » en trouvant toutefois que cette introduction n’est pas toujours utile, par exemple le fait de se rappeler de tout, qu’il vaut mieux contrôler la descente. Puis après un exercice de relaxation, s'ensuit « Exercice 54 L’Arc-en-ciel : induction à la transe » en ajoutant en note qu’il n’est pas nécessaire d’être allongé-e, surtout les personnes remuantes, bruyantes ; même si des instructions claires sont bonnes pour débuter et cadrer. Puis « Exercice 55 Le Lieu de Pouvoir » pour se créer un refuge intérieur, avant de sortir doucement de la transe, en inversant bien le processus, en visualisant le tout pour se protéger intérieurement, par l'« Exercice 56 L’Arc-en-ciel : sortie de la transe » avec quelques ajouts en note ; je suggère enfin de rendre l’Énergie à la Terre. 🌈

Starhawk continue avec « Exercice 57 Clairvoyance » en se concentrant sur un objet, sans se forcer, sous forme de flashs ; toujours rendre l’Énergie à la fin. « Exercice 58 Suggestion » pour fixer un résultat que l’on veut obtenir ; « Exercice 59 Mémoire » qui propose un cheminement dans nos souvenirs ; « Exercice 60 Transe pour entrer dans un rêve » sur un cheminement semblable. Elle propose aussi une transe dans l’Ombre, et de créer des inductions rythmées et répétitives comme dans « Exercice 61 Induire le rituel », qui peut se faire à plusieurs.

L'autrice relie les Cultes à Mystères et la Sorcellerie par l'intermédiaire des rituels avec induction et révélation - par la transe - d’un secret qui n’a de sens que dans le rituel. La transe aide beaucoup à la Divination, pour focaliser l’attention, l’intuition, les perceptions et prodiguer de bons conseils. Starhawk rappelle que pour revenir dans la « vraie vie », le mieux est de manger et boire ensemble ! Cette fin de rituel s’appelle aussi « Petite fête » chez Cunningham, en faisant attention à l’abus d’alcool… Elle contient la libation, la circulation du gobelet, le partage social. J’insiste aussi lourdement qu’elle sur une clôture formelle du rituel, la dissipation des Énergies du groupe, dire « au revoir » aux Divinités, dissiper en inversant le Cercle comme un bannissement et en chantant ensemble. 🍝🍻

samedi 17 août 2024

LA MUSIQUE ET LES RITUELS II : ÉLÉMENTS DE PRATIQUE

Le lien pour la première partie est ici [j'ai édité cette première partie pour y ajouter quelques éléments] 😊

La Musique existe dans toutes les religions et spiritualités, sous des formes très différentes ; y compris parmi les interprétations fondamentalistes qui condamnent la musique et qui brûlent des instruments. 😡 On cite souvent l’exemple de l’Islam comme d’une religion sans musique : mais la récitation ou cantillation du Coran (mot qui signifie d’ailleurs « récitation » !) et l’appel du muezzin à la prière, appelé Adhan, sont des formes de musique car elles comportent des éléments rythmiques et mélodiques, assez proches de la psalmodie juive et chrétienne. Étant donné les points communs entre les cantillations juives, chrétiennes et musulmanes, il est probable que ces techniques de récitation aient une origine antique, au moins gréco-romaine voire égyptienne, mésopotamienne, perse.

Les paganismes/polythéismes modernes, ainsi que la Wicca, disent souvent descendre des plus anciennes religions — antiques voire préhistoriques — de la plus ancienne Tradition. Il m’a semblé alors intéressant de revenir à ce que l’on sait des musiques préhistoriques et antiques, pour inspirer une musique païenne/polythéiste/wiccane moderne. 😍

Iégor Reznikoff (lien Youtube) a mené beaucoup de recherches sur l'acoustique des grottes et la musique préhistorique

 

Un orchestre égyptien ancien, dans le cadre d'une fête religieuse

Notre corps humain est notre premier instrument : les mains, les pieds, le reste du corps, cela s’appelle des percussions corporelles, il n’y a pas besoin de s’embarrasser d’instruments pour faire de la musique intéressante ! Des stages sont même proposés, souvent organisés par des chefs de chœur car la voix est elle aussi un instrument corporel, même si elle est plus difficile à maîtriser. 💪👏🦶

Je dis bien « la voix » et non pas uniquement le chant, car il existe différentes façons de parler : à voix basse ou haute, chuchoter, respirer, hurler, proclamer, slamer etc. ; chanter « à voix basse » appelée cantillation, chanter à voix haute... Le chant peut se pratiquer seul et/ou en groupe, alterné entre plusieurs groupes, sous forme de monodie (une seule ligne mélodique), ou de polyphonie par exemple le canon, avec ou sans instruments, sans oublier les techniques de chant diphonique… 🎤🗣

Le chant est ancré dans le pelvien, c’est-à-dire le Chakra de la Racine, qu’il faut contracter pour ouvrir la colonne d’air jusqu’au Chakra de la Gorge. Le rapprochement est facile à faire avec l’ancrage à la Terre, d’un point de vue physique et symbolique, et la colonne d'air nous relie jusqu’au Ciel.

Je conseille de ne pas écrire un texte destiné à être prononcé pendant rituel de façon littéraire, en voulant écrire des jolis mots ; mais au contraire de le passer au « gueuloir » comme disait Flaubert, c’est-à-dire se le réciter soi-même, mettre des virgules et points-virgules de respirations, s’écrire des pauses, réécrire et changer l’ordre des mots pour pouvoir mieux les scander ; « De la musique avant toute chose » disait Verlaine. Le silence, les pauses, servent à renouveler l’attention et reposer temporairement les oreilles. 👂

Un chant en groupe peut être très simple, répétitif, improvisé, sur un mantra par exemple, la Transe peut vite arriver dans ces conditions. Un tambour peut être utile pour marquer la pulsation de base. Le live y ajoute toutes les vibrations, la présence du groupe, on s’écoute et on écoute les autres. ❤

Je ne m'y connais pas assez en percussions corporelles pour conseiller des exemples en vidéo, mais il y en a plein sur Youtube, idem la cantillation (même s'il s'agit d'exemples juifs/chrétiens/musulmans).

Pour ce qui est de l'art de réciter un texte, Luchini fait ça très bien, de même que le regretté Roger Carel, ou encore Fanny Ardant ; sans oublier le regretté Alan Rickman en anglais.

Une vidéo qui montre différentes techniques de chant diphonique. Sur Youtube on peut taper "throat singing" (chant de gorge) ou "diphonic singing", "overtone singing" (chanter en harmoniques)

             Il y a aussi un grand nombre de vidéos qui font entendre de nombreuses sortes de polyphonies simples dont on peut s'inspirer : on connaît bien en France les polyphonies corses (cantu in paghjella), mais il existe aussi une tradition sarde appelée cantu a tenore, des polyphonies béarnaises, albanaises (avec beaucoup de dissonances très typiques), macédoniennes, géorgiennes... Certains chercheurs considèrent qu'il existe une ancienne tradition méditerranéenne de polyphonies, remontant probablement à avant l'ère chrétienne, de nombreux chants de ces polyphonies ont des sujets profanes voire païens.

            Dans un style plus New-Age et contemporain, on peut écouter The Harmonic Choir et son directeur David Hykes, ils ont deux chaînes sur Youtube (lien 1 et lien 2).

            Cet album (lien) est incontournable en matière de chants simples sur thèmes païens ! 😍 Sans oublier les traductions françaises sur la chaîne de la LWE (lien), c'est un travail difficile d'adapter les paroles d'une langue au rythme de la musique, surtout que notre langue française est piégeuse avec ses "e muets"...

 
Le groupe "Laboratorium Piesni" est un autre incontournable ! 💕

Je passe aux instruments de musique : les percussions sont d’une importance primordiale dans toutes les cultures préhistoriques et antiques, toutes les cultures extra-occidentales. Elles furent condamnées par l’Église, hormis les cloches, et ne ressurgirent dans la musique occidentale classique qu’avec Beethoven et Berlioz.

Beaucoup de percussions ont une symbolique païenne : dans l’Égypte antique le sistre est un instrument sacré, Apulée mentionne un rythme brève-brève-longue (lien) à jouer au sistre dans le culte d’Isis, parfait exemple de musique antique extrêmement simple et répétitive. Les Bacchanales se déroulaient aux sons des tambours de basques, ceux avec les petites cymbales autour de la membrane. Le rhombe est un étrange instrument répandu de la Grèce antique aux Aborigènes : il s’agit d’une sorte de planche de bois, taillée d’une certaine façon pour faire vibrer l’air, quand on la fait tourner autour du cou. Les Grecs utilisaient le rhombe aux rituels de sorcellerie, d’Hécate notamment. Les cymbales antiques ou crotales ou cymbales de doigts, sont présentes dans la plupart des rituels festifs gréco-romains, et sont passées ensuite dans la musique arabe.

Les cloches et clochettes étaient utilisées dans les rituels bien avant le christianisme, de même les gongs et tam-tams [terme javanais qui désigne un grand gong plat produisant un son non-accordé, ce sont les colonisateurs qui ont appelé « tam-tam » les tambours africains] en Asie du Sud-Est, appelée par l’UNESCO « culture des gongs et des cloches », notamment les gamelans : des orchestres de musique hindouiste, développés à Bali, basés sur les percussions métalliques, qui ont grandement influencé la musique classique contemporaine occidentale à partir de Debussy. Le gamelan symbolise le Feu 🔥, la Forge, le statut sacré hindouiste des forgerons à Bali. La musique des gamelans est fondée sur la symbolique du Temps, de la pulsation, par l’intermédiaire des plus grands gongs et tam-tams qui ponctuent les sections, ce qui renvoie aussi à la symbolique du Cercle. ⭕ Les Temple-blocks ont la même fonction de délimiter le rituel et ses parties, dans le shintoïsme au Japon.

Les guimbardes sont utilisées dans les rituels en Sibérie, les pierres sonores ou lithophones se retrouvent dès la Préhistoire dans le monde entier. Je n’oublie pas les tambours chamaniques, dans lesquels s’exprime la symbolique des matériaux, une peau animale sur un bois végétal, ainsi que les matériaux des baguettes. Starhawk mentionne parfois des tambours précis dans ses rituels, comme la darbouka et le bendir. Les crécelles étaient utilisés dans les rituels festifs, de fertilité qui ont donné naissance au Carnaval. Je passe rapidement sur les hochets, les claves, les cymbales, les carillons suspendus, les sonnailles ou grelots, les triangles, les bâtons entrechoqués, les maracas… Par les matériaux, les formes, les sons, les façons d’utiliser l’instrument : tout est symbolique dans les percussions ! 🥁🪘🕭

 
Une vidéo fabuleuse sur le pouvoir du rythme et de la musique africaine 🌍 (il doit y avoir quelques seins nus, d'où la limite d'âge...)

Le son envoûtant du rhombe

Je pourrais écouter du gamelan pendant des heures... 😍

Les instruments à cordes sont plus complexes à manier, même si une guitare est bien pratique pour s’accompagner. Les instruments à cordes pincées sont surtout mentionnés dans le contexte des poètes-chanteurs : les bardes, les aèdes, plus tard les troubadours et trouvères, les griots, dans un contexte pas toujours religieux, s'accompagnaient de lyres, harpes, koras, gouslis chez les Slaves... 🎸 Les cordes frottées sont très rares à la Préhistoire et dans l’Antiquité européenne-méditerranéenne, et accompagnent souvent les voix.

Les instruments à vents sont répandus dès la Préhistoire, notamment les flûtes en os, les sifflets, les flûtes à bec, les ocarinas, les flûtes droites des Andes, les flûtes de Pan à la symbolique païenne évidente ; sans oublier la symbolique du roseau, de l’os… Ces flûtes existent souvent en plusieurs tailles, leur longueur peut dépasser le mètre ! Les flûtes traversières sont plus récentes.

Les instruments à anches, ainsi que les cuivres, sont beaucoup plus sonores, ce sont des instruments d’apparat, de plein air, là encore dès la Préhistoire.

Encore une playlist Youtube, de l'ensemble Kérylos (lien) qui s'attache à reconstruire la musique grecque antique (et romaine, qui est du même style). L'Épitaphe de Seikilos est un bon exemple de mélodie simple qui peut être chantée sur un bourdon

La Musique est un art du Temps, elle dilate ou rétrécit le Temps selon l’état de Transe. Le rythme et la pulsation sont présents dans toutes les musiques rituelles, avec souvent une même forme musicale : introduction libre et lente, rythme qui s’installe par paliers pour guider la transe en accélérant et en ralentissant, palier haut qui est le sommet de la transe, et coda en redescente par paliers aussi. Les répétitions de motifs musicaux (appelés ostinatos), de rythmes, de phrases, tout cela aide à la Transe.

La poésie antique, l’Illiade et l’Odyssée, le Kalevala, les épopées des Griots, à peu près toutes les épopées du monde, étaient/sont récitées sur des rythmes poétiques (appelés des mètres) répétés et scandés des milliers de fois. Contrairement à la poésie française, les vers n’avaient pas de rimes, mais ils avaient tous le même rythme de syllabes brèves et longues, ce qui permettait de réciter des milliers de vers de mémoire ! 😮

L’usage de la Musique est quasi-systématique pour marquer le début et la fin du rituel, notamment dans les processions chantées. Elle est utilisée pour la cohésion du groupe, elle augmente la prière comme le dit (saint) Augustin d’Hippone, qui reprend des penseurs grecs, la prière est toujours meilleure quand elle est chantée. De nombreux textes antiques disent que le chant est réellement apprécié par les Divinités ; les vertus thérapeutiques de la musique sont connues depuis au moins Pythagore.

La mise en scène du rite dans le temps se fait en musique : on peut utiliser les sons pour créer l’Espace sacré, le Cercle, cela peut se faire aussi en chantant dans le Cercle, par la vibration sonore ; bien sûr la Musique sert à la montée du Pouvoir, de la Transe, de l’Esprit du Groupe. La Musique aide à clore le rituel comme il faut, à organiser la descente énergétique. La Musique induit la Danse 💃🕺, des mouvements, des gestes ; elle induit la poésie par le rythme du texte, le théâtre avec une mise en scène, elle donne un déroulé au rituel en alternant différents effectifs musicaux. Tout cela est possible seul-e évidemment ! Mais un rituel à plusieurs en musique demande de la mise en place, des répétitions au préalable, car c’est une performance, impliquant un rapport à son propre corps et aux corps d’autrui.

 

Cette vidéo, et la suivante de la playlist, montrent bien les effets de transe de l'ostinato (rythmique, mélodique, harmonique). J'aurais pu aussi vous faire écouter le Boléro de Ravel ou des chansons de Michael Jackson, mais c'est plus approprié sur un sujet païen et sur des textes égyptiens anciens 😉𓁀

Le plus ancien exemple de musique superposant 6 voix différentes est à la fois un canon et un ostinato, sur des paroles païennes

Pour conclure : les possibilités offertes par la Musique au sein des rituels sont immenses. Depuis les débuts de la spiritualité, probablement à l’époque de l’Homme de Neandertal, et dans le monde entier, la musique est partie intégrante des religions et spiritualités, sous des formes extrêmement variées, allant du texte récité en rythme aux compositions élaborées avec voix, instruments et partitions.

Dans une perspective païenne-polythéiste-wiccane moderne, s’inspirant des pratiques antiques et préhistoriques, le corps, la voix, le chant, les percussions, les flûtes, semblent être une bonne base pour introduire de la Musique dans les rituels. On peut réciter un texte en y mettant du rythme, des hauteurs différentes, des silences, et bien sûr de le chanter ; on peut ponctuer le rituel par des sons, l’ouvrir et le fermer ; accompagner des processions ou une transe par des pulsations, des répétitions ; chanter seul et/ou en chœur, avec ou sans instruments, en canon, avec un bourdon…

Une dernière chanson qui superpose ostinatos et bourdon, sur un sujet païen ❤🌞

J’espère vous avoir inspiré avec ce texte et vous avoir donné des idées ! Merci d’avance pour vos commentaires. Alco 😘

Starhawk, Spiral Dance, article 3/4 : description, critique, conseils

Après une sorte de longue introduction à la Sorcellerie (solitaire et en groupe) puis des concepts-clés et de nombreux Exercices, l’autrice ...