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samedi 23 mai 2026

Starhawk, Spiral Dance, article 2/4 : description, critique, conseils

Dans cet article, je vais résumer le centre de l’ouvrage : les Chapitres 4 à 6 sur la création de l’espace sacré ou Cercle, la Déesse et le Dieu. Après de longues introductions, un début théologique sur la Sorcellerie, de nombreux exercices préliminaires en groupe et solo, Starhawk entre dans le vif de sa pratique avec le « Chapitre 4 Créer l’espace sacré ». ⭕

 
Le célèbre Cercle Magique de Waterhouse (1886)

D’emblée, elle raconte une projection du Cercle magique, par des invocations très parlantes et de nombreuses références à la visualisation, même si le contenu est assez théâtral. Elle n’oublie pas l’invocation au Centre, ce à quoi j’ajoute le Ciel et les Profondeurs pour former une Sphère/Bulle de protection. D’une certaine façon, cette protection magique et cadre des rituels peut être considérée comme un Espace-Temps, un endroit où d’un point de vue humain, divin, spirituel et magique, le Temps et l’Espace se déploient différemment « entre les Mondes ». J’aime bien les idées de « méditation en action » et « Mandala vivant » qu’elle exprime. En notes, elle décrit plusieurs façons poétiques, informelles, de projeter le Cercle en visualisant, bougeant, par le Son aussi ! 🛕

Je suis d’accord avec le fait que les chats et autres familiers et les enfants (pas les ados) ne perturbent pas l’Énergie en traversant le Cercle ; je trouve que le fait de tailler une porte dans le Cercle est plus difficile. L’origine mégalithique du Cercle me semble évidente. Pour moi, le Rituel commence dès la Purification indispensable, par le Sel et l’Eau. Je pratique l’Exercice 20 sans grand changement, on peut transférer le sel par la baguette magique si sa forme le permet. La Purification de groupe Exercice 21 est évidemment plus théâtrale, et doit être suivie par l’Exercice 22 Bannissement pour chasser les « mauvaises » Énergies/Esprits du lieu et du groupe, sous formes d’ordres et de bruits, puis se relier à la Terre. En note, un nécessaire rappel de la Purification directement dans l’Eau salée de l’Océan, avec des éléments de rituel autour. 🌊

En solitaire, un bain salé et parfumé est une bonne solution avant un gros rituels, mais ne remplace pas l’Exercice 20 pour moi. En groupe, il est amusant de tourner en sens horaire pour créer le Cercle, et antihoraire pour le dissiper. Concernant les Éléments et directions : j’insiste sur le fait de ne pas oublier le Centre (le Soi/Nous), et l’ajout du Ciel et des Profondeurs. En plus des correspondances « magiques traditionnelles », il m’arrive d’utiliser des Éléments et directions européanocentrés, inspirés d’écrits grecs comme ceux d’Aristote : Est Terre (masse continentale eurasiatique), Sud Feu, Ouest Eau, Nord Air (vents du Nord comme le Borée). Starhawk rappelle que cet ordre peut changer selon le lieu du rituel, elle rappelle en note qu’il est très conseillé de prendre contact dans la réalité avec chaque Élément.

Je suis toujours étonné que Starhawk ne mentionne pas l’encens comme symbole de l’Air à l’Est, je n’approuve pas vraiment l’épée comme elle le dit en note, et même pour un couteau il faut faire attention énergétiquement. ☁ Pour les Exercices 23, 25, 27, 29, il est évidemment possible de changer les Divinités. Je préconise toujours de faire ces méditations une par jour, quitte à laisser ouvert chez soi un Cercle pendant 1-2 semaines. Le Sud ne représente pas vraiment l’esprit pour moi, plutôt la volonté, mais je suis d’accord avec le symbole de la baguette, les bougies aussi, le bois flotté. Je pense que la baguette est moins agressive qu’un Athamé pour diriger le Pouvoir du groupe. 🔥

J’apprécie beaucoup ce qu’elle dit sur l’Ouest et l’Eau, Élément important pour les émotions, que j’associe bien plus au mot « coupe » que « calice », à l’eau salée, la purification, et Aphrodite née de l’écume de l’Océan. 💧 J’insiste comme Starhawk sur l’importance du Nord et de la Terre, symbolisés par le Pentacle, les pierres, le sel, et j’apprécie ses conseils pour créer un Pentacle. Gaïa, la Déesse-Nature-Terre-Mère, me semble parfaite pour l’Exercice 29, que je conseille de terminer en rendant l’Énergie à la Terre avant de faire le suivant le lendemain. ⏚

Les Exercices 30 à 32 peuvent sembler intellectuels ou obscurs mais je les trouve vraiment transformateurs ! « Exercice 30 Méditation du Pentacle – Les cinq étapes de la Vie » incite à réfléchir sur nos composantes, notre existence y compris future, en insistant sur les liens entre les étapes symbolisées sur le Pentacle. Le chant des voyelles est très utile aussi, chacune seule puis par groupes de 2 et 3 ; le U se prononce « ou » et l’E se prononce « é ». Suit l’Exercice 31 « Le Pentagramme de Fer », utile travail sur le Sexe en veillant à ne pas le polariser et lui associer le Désir, travail sur le Soi, les émotions, la fierté (que l’on peut élargir à son sens LGBTQIA+), l’Énergie, et leurs connexions à explorer avec soin. ⛤

« Exercice 32 Le pentagramme de Perle » peut sembler abstrait, moralisateur, mais il permet d’explorer des concepts moins enfantins, plus raffinés : l’Amour et toutes ses facettes (cf. les mots grecs à ce sujet) ; la Sagesse liée à l’Enfant et la Connaissance qui commence à l’adolescence, la Loi de la Nature, le Pouvoir personnel. À nouveau, après ces 3 Exercices, je conseille de rendre à la Terre

Ce long travail de développement personnel se termine par le Centre, la Quintessence, le Chaudron, qui représente la Déesse primordiale, le Tout, avec encore 2 Méditations enrichissantes. L’Exercice 35 présente la visualisation du Cercle, en se tournant vers chaque direction, avec des récits poétiques de visualisation. Je suggère de visualiser une plage plutôt qu’une falaise pour l’Eau, et de ne pas oublier les sources ni le Ciel au Nord ; pour dissiper le Cercle il faut visualiser dans l’ordre inverse. Enfin Starhawk parle de l’encens et de l’autel pourtant indispensables. En note, elle développe sur le Tambour chamanique, dont le rythme pulsé est très utile pour tenir un groupe, faire danser, entrer en Transe et le faire descendre. 🥁

« Exercice 36 Consécration d’un outil rituel » permet de refaire plusieurs Exercices en un seul rituel, et au-delà de l’outil, de charger l’autel, la pièce, soi-même de Pouvoir. On commence par l’Exercice 20, puis le 35, selon l’objet une des méditations 24-26-28-30 ; l’objet peut toucher une bougie pour le Feu, du sel pour la Terre (attention si c’est inflammable !) L’idée des fluides corporels est excellente, la cordelette peut être l’occasion de refaire l’Exercice 14, enfin le 7 et la fin du 35. J’insiste comme Starhawk sur l’importance de la visualisation, même si en groupe il est préférable pour mieux canaliser de matérialiser simplement comme elle le propose. 

Après 3 beaux textes que je conseille comme toujours de proclamer à voix haute même quand on est seul-e, l’autrice termine ce long et dense chapitre avec 2 Exercices sur le Cercle de Protection. Le 37 a l’air tout simple mais est en réalité difficile à faire tenir dans la durée ; les visualisations du 35 peuvent aider. Le 38 est une Purification du lieu, qui commence par bannir le négatif avant d’attirer le positif. Une baguette peut remplacer un encombrant balai ; nettoyer et ranger auparavant aide beaucoup. L’eau salée est chargée par l’Exercice 27, je conseille le bannissement en adaptant le 22, puis la purification du 20. Le Cercle peut être l’occasion de refaire encore le 35 puis le 7. Le tout à refaire assez régulièrement, environ 4 fois par an. 

La Théalogie revient au « Chapitre 5 La Déesse », qui s’ouvre par l’Invocation « La Charge de la Déesse » adaptée de Valiente. Elle insiste sur les multiples visages de la Déesse, les rituels, la Nature, la résonnance à l’intérieur de soi. Starhawk insiste sur son origine préhistorique prouvée par les figurines dites Vénus, montrant une Déesse primordiale, chasseuse, cultivatrice, guérisseuse, muse, mégalithique, identifiée à la Nature, la Terre, l’Univers, le Tout, Gaïa-Pachamama. Je commente assez rapidement ce chapitre car j’approuve beaucoup ce qu’en dit l’autrice. Elle identifie aussi la Déesse à la végétation, au corps qui est sacré, le Ciel, la Lune, les Eaux dont les marées sont connectées à la Lune. 🌑🌒🌓🌔🌕🌖🌗🌘🌙🌚🌛🌜🌝

Starhawk rappelle la symbolique de la Triple Lune : croissante elle est la Fille (mot que je préfère à Vierge pour ne pas trop accentuer la « pureté » qui fait tant souffrir les filles), la Pleine Lune est la Mère, décroissante la Vieille ou Crone. Elle propose 3 Exercices (39-41) de méditation sur chacune de ces lunes, à faire au moment adéquat : croissante ☽ Déesse enfant sauvage ; Pleine Lune enceinte, et décroissante ☾ . Numériquement, j’aime beaucoup le lien que fait Starhawk entre la Triple Lune et le Pentacle des âges de la Vie, issu de l’ouvrage de Graves.

Elle relie encore la Déesse à l’initiation, aux Arts (artistiques et ésotériques), la pomme que j’ai déjà expliquée, bref une sorte de polythéaisme y compris la Déesse destructrice comme Sekhmet ou Kali, déesse du Feu purificateur. Starhawk liste plusieurs symboles : les yeux, le croissant, la hache labrys en forme de Triple Lune, le chaudron, les triangles, ovales, losanges, et la double spirale dont elle propose une méditation en Exercice 42. Je conseille de s’auto-enregistrer le texte puis de se le diffuser en méditant, car il est assez complexe à retenir. ꩜

Elle explique que ces différentes déesses sont des visages de la Déesse (même si le polythéisme n’est jamais exclu) qui est partout au quotidien, qui libère des systèmes en nous reconnectant à nos émotions, joyeuse, amoureuse du Vivant, aussi la part féminine de tout Homme (Humain masculin). Son culte se fonde sur des offrandes, des récitations et de la musique ; il est une transformation intérieure, la poursuite de nos désirs. Starhawk propose enfin 9 invocations poétiques, certaines avec une basse chantée par le groupe, des chants répétitifs pour la Transe, des chants pour les Équinoxes et l’Été.

Les notes des sources rappellent l’importance des ouvrages de Merlin Stone, Graves, Leland. En notes « 10/20 ans après », Starhawk insiste sur le côté cyclique de la Déesse comme un Cosmos conscient, bref la Vie. Elle en fait une Déesse créatrice des Humains libres et enfantins, et rappelle l’existence même de « dieux féminins » comme Hermès. Elle rappelle enfin le côté terrestre, terroir de Gaïa, et l’importance de la Transe (avec mise en garde contre les sectes) : élévation, inspiration, intégration, possession de la Déesse par la Musique.

Après la Déesse vient le Dieu, avec une semblable Invocation au début. Starhawk en fait un Dieu qui meurt et renaît, un Dieu de la Sexualité sacrée, un Chamane ; elle lutte contre le stéréotype diabolique du Dieu cornu qui en réalité est lunaire et animal, et rappelle que les interrogatoires des Sorcières étaient de la torture. L’autrice lutte toujours contre une vision trop hétérocentrée, ici elle lutte aussi contre un Dieu masculiniste, même si elle s’élève contre les traditions de Sorcellerie dianique qui ne reconnaît que la Déesse. 🤘

Elle dresse le portrait d’un Dieu sensible, sensuel, une graine au sein de la Déesse, un Dieu corporel, ancré dans le présent, libre. J’apprécie beaucoup comment Starhawk décortique le patriarcat capitaliste et les émotions négatives qu’il engendre, et aussi notre mauvaise habitude occidentale de lier Noir et mauvais. Le Dieu est son propre Père, un Dieu des émotions qui connectent les êtres, de l’Énergie sexuelle, du Désir. Puis elle passe au Dieu du Savoir, le Trismégiste, le Créateur, le Dieu dont nous revivons la Mort puis la Renaissance en Avalon comme une catharsis, le Dieu cyclique, au-delà du Bien et du Mal, Dieu solaire de la Roue de l’Année, de la Danse. 🕺

Starhawk insiste sur l’autosacrifice du Dieu, qui décline juste après Beltaine-Litha et son accouplement avec la Déesse (comme pas mal d’espèces animales), Dieu de l’Amour-Mort ; Pan le Dieu-Tout, entier et sauvage mais aussi réfléchi, qui laisse leur place aux Femmes fortes. Elle décrit encore un Sorcier qui reconnaît sa part féminine et queer, qui ne se prend pas pour un prophète, qui ne commande personne, qui accueille l’extase, la Transe, responsable mais aussi enfantin. Elle rappelle différentes façons d’invoquer le Dieu et donne 7 textes évoquant aussi Dionysos.

Ses notes développent les aspects négatifs du Monde actuel qui empêche les Hommes de réfléchir sur eux-mêmes, elle rappelle aussi que la Mythologie dépasse les limites humaines et n’est pas qu’un recueil d’exemples. Elle revient au Dieu nourricier, végétal et animal, et développe ensuite sur l’archétype jungien du Filou : Dieu du pari, du hasard, de la Vie au quotidien, désintéressé, Dieu du lâcher-prise qui s’en remet au Destin. Starhawk insiste le plus possible sur le fait de ne dominer personne, ne pas confondre sauvage et violent. 🌳🌲🐮

jeudi 16 avril 2026

Starhawk, Spiral Dance : description, critique, conseils (article 1/4)

Spiral Dance (La Danse en Spirale) est l’ouvrage fondateur de la pensée de Starhawk appelée Reclaiming (repossession). Il a été publié en 1979 à New York, réédité et augmenté pour ses 10 et 20 ans ; traduction française de 2021 chez Véga, marque de Trédaniel, à Paris. Je l’ai acheté à la boutique ésotérique-païenne-spirituelle « Les Mists-Terre d’Avalon » à Paris, et j’embrasse Jérôme son adorable gérant. La version française coûte 26€, ce qui est peu par rapport à la richesse du contenu.

Spiral Dance porte en sous-titre « A Rebirth of the Ancient Religion of the Great Goddess », traduit par « Renaissance de l’Ancienne Religion de la Grande Déesse », suivi d’une courte description : « Magie – Rituels – Invocations – Pratiques ». Il présente une forme de Wicca non hiérarchique appelée donc Reclaiming, centrée sur le culte de la Déesse identifiée à la Terre, sur les cycles de la Nature, les Éléments ; une Spiritualité qui s’exprime par des pratiques et rituels magiques assez influencés par ceux de Cunningham mais adaptés aux groupes, avec une forte volonté de rééquilibrer les relations Femmes-Hommes ; une Spiritualité ancrée dans le corps, le rituel et la poésie.

            Dans ce premier article, je vais résumer les chapitres 1 à 3, dans lesquels l’autrice expose sa vision de la Sorcellerie et du Coven (groupe de Sorcières). Cet ouvrage présente d’autres livres de Starhawk mais aussi des CDs, DVDs, sites web, et les films canadiens auxquels elle a participé. L’essentiel de la pratique exposée dans Spiral Dance se compose d’une soixantaine d’« Exercices » au contenu spirituel diversifié, la plupart sont faisables en solitaire et sont des méditations. S’y ajoutent une quarantaine d’invocations (plus nombreuses), chants et bénédictions, parfois difficiles à traduire ; quelques formules pour sortilèges, des « charmes » ou sorts bénéfiques confectionnés avec des plantes, quelques mythes et principes.

Un encadré explique le système malheureusement complexe des notes éclairant le texte principal : les références citées par Starhawk dont les traductions françaises des ouvrages qu’elle cite, les notes de la traductrice notamment à propos des poésies, les notes de bas de page de Starhawk ; et plus encore, les passionnantes notes des éditions des 10e et 20e anniversaires de l’ouvrage, qui sont reléguées en fin de livre mais qui précisent l’évolution de la pensée de l’autrice, qui n’hésite pas à remettre en question certains de ses principes, qui transforme volontiers ses rituels, bref qui ne s’impose pas en gouroue.

Les remerciements permettent déjà d’expliquer certains termes. Suivent deux longues Introductions, dans lesquelles Starhawk prend du recul, décrit son entourage changeant, son militantisme, son influence sur les Cultes de la Déesse, le Néo-Paganisme, les Spiritualités féminines. L’Introduction aux 20 ans est l’occasion d’exposer les principes de Reclaiming, que je conseille de réciter à voix haute et claire, comme tous les autres textes « à prononcer » de ce livre. L’Introduction aux 10 ans contient déjà des remises en cause sur les Énergies « masculine » et « féminine », et balaye les points de vue entre ses propres changements, ceux de son entourage et ceux du Monde ; elle y explique son pseudonyme et d'autres principes.

 

 
Photo de Starhawk

Ce contenu assez autocentré, oscillant entre des descriptions de rituels et des considérations sur un Monde qui prend une mauvaise tournure, se poursuit dans le « Chapitre 1 La Sorcellerie comme Religion de la Déesse ». La Sorcellerie descendrait du Chamanisme, des premières Religions basées sur les perceptions humaines des cycles naturels, les grottes, les « Vénus » préhistoriques et les Mégalithes. Starhawk pointe un premier changement avec les invasions indo-européennes qui ont instauré le patriarcat et un culte guerrier, et un second changement avec le Christianisme, qui « attendit » toutefois la fin du Moyen-Âge et l’alliance entre politique et religion centralisées pour persécuter et torturer les Sorcières (et des Sorciers), jusqu’au XIXe s. dans des zones reculées d’Europe. Elle rappelle à juste titre l’accaparement masculin aux mêmes époques de la gynécologie-obstétrique. 👩

Cela dit, l’autrice ne se contente pas de résumer Gimbutas et Murray, et ne propose pas non plus une réécriture complète de l’Histoire. Comme elle, je suis d’accord sur la misogynie de la plupart des critiques contre Gimbutas : si elles ne sont pas toutes matriarcales, de nombreuses cultures anciennes étaient égalitaires. Concernant les études sur la Sorcellerie, Starhawk critique les idées de Murray sur un culte unifié, elle propose plutôt une diversité des Traditions et une diversité des accusations : femmes et filles qui gênaient des affaires, veuves riches, trop jolies ou laides, trop libres… mais pas toutes Sorcières au sens moderne, par ailleurs assez souvent liées aux hérésies et plusieurs étaient esclaves. Elle ne retient le génocide que dans des cas locaux et cite les chiffres contradictoires des chercheurs-euses ; tout cela est en accord avec les inventaires et archives que j’ai pu lire. ♀

Elle en arrive à sa vision « Pan-Théaiste » (la Déesse est le Tout), féministe, teintée d’Animisme et de Déisme, d’une organisation fluide très protestante, et d’un rapport à la Transe assez proche des Charismatiques. Starhawk décrit une Spiritualité d’empouvoirement dans laquelle on s’aime, sans ségrégation sexuelle/genrée, liée à la Nature, éclectique et promouvant un changement actif, dans un Monde qui n’est pas l’illusion des religions orientales. Le Soi, le Sexe et l’Amour, le Corps, la Vie, la Magie sont mis en avant, sans négliger le travail sur l’Ombre. Son modèle de rituel contient 8 parties : projection du Cercle, invocations, montée du Pouvoir magique, chants-danses-visualisations, Transe, descente, nourritures-boissons-échanges, Cercle dissipé. Elle insiste sur le fait de ne pas polariser Masculin et Féminin, de ne pas se forcer à rejoindre un groupe ou à vivre en pleine cambrousse.

 
Émouvante Déesse-Mère endormie de Malte, IVe millénaire av JC

Le Chapitre 2 poursuit la théologie, ou théalogie car basée sur une Déesse, en parlant de « La Vision du Monde selon la Sorcellerie ». Il s’ouvre sur un joli récit de Création par une Déesse double, qui en chantant engendra des Dieux. Starhawk essaye ici de réécrire une mythologie universelle en s’appuyant sur des Énergies, Forces, Pouvoirs, une perception assez jungienne des choses. Elle en profite pour se corriger à propos du mythe du cerveau « droit et gauche » et présente enfin les 2 premiers « Exercices ». Ils peuvent apparaître déroutants, mais moi qui suis peu visuel j’ai apprécié l’Exercice 1 « Le Jeu avec les Ombres » qui fait changer de point de vue ; l’Exercice 2 « Le Jeu du Rythme » est profitable la nuit dans le noir. 🌚

L’autrice poursuit sa vision psychologique en distinguant plusieurs Sois : juvénile, qui parle (qui juge), divin, des sortes d’archétypes intérieurs. Elle insiste sur la part divine en nous tous (vision jungienne-wiccane-charismatique), l’importance des Arts, ne pas se prendre au sérieux, sans dogmes. Puis elle explique son mythe de Création ou Naissance en essayant de ne pas le rendre trop polarisé entre Masculin et Féminin, en développant les symboliques du Miroir et de l’Eau. Elle poursuit sur le Sexe, l’Amour des Divinités, l’extase du Chamanisme, l’Harmonie, tous des visages de l’Énergie créatrice qui engendre les Divinités. Starhawk décrit les genres et sexes comme des forces que nous avons tou-te-s en nous, en équilibre. 🌓

Outre l’androgynie, elle insiste sur le fait de ne pas glorifier la Mort ni l’Après-Vie, mais de rester sur une Spiritualité de la Vie pour se guérir « ici et maintenant ». Néanmoins, elle propose une Roue de l’Année qui reprend les stéréotypes genrés, assimilant le Dieu au Sacrifice/Offrande et à la Mort, aux êtres vivants, citant Fraser et Graves. Elle insiste sur le fait de ne pas ramener la Déesse à la Vierge uniquement, ni de faire des oppositions binaires. En revenant à la Préhistoire, Starhawk décrit ces sociétés comme pacifiques car elles ont ritualisé les conflits par des sacrifices – parfois le Roi-Prêtre-Chamane se sacrifie lui-même – et ont intégré les cycles de la Nature. Dans ses notes, elle revient sur le continuum des genres, en traçant un Pentacle avec les archétypes de son mythe de Création, en une polarité dynamique. Elle propose enfin une très belle réécriture cosmique, énergétique, non sexuée, de la Roue. 🎡

 

Le Chapitre 3 s’intéresse au Coven et propose enfin plus de pratique. Ici l’autrice décrit des rituels et pratiques des différents groupes de Sorcières dont elle fit et fait partie. Elle préconise un petit groupe sans hiérarchie interne, sans trop se prendre au sérieux, où chaque membre est formé-e et initié-e ; des Covens autonomes et fonctionnant par consensus, ce qui n’empêche pas des organisations plus larges. Cela permet aussi de garder un certain secret sur les rituels et enseignements, en restant ouvert aux curieux-ses. Pour Starhawk, un Coven est un lieu où chacun-e développe son Pouvoir, son Énergie personnelle magique, et celle du groupe. Le groupe a pour but que chacun-e soit meneur-euse, responsable, en canalisant les Énergies ; cela résonne puissamment en moi avec les expériences de groupes que j’ai pu vivre. Dans une note elle distingue la domination, le Pouvoir créatif et l’influence.

L’autrice préconise des rituels dirigés à plusieurs, ce qui m’a semblé plus sain à organiser au sein de la LWE. Les rituels qu’elle décrit, les bruits et chants, font penser à la nécessité d’un endroit calme pour ritualiser ! Elle explique comment passer de l’auto-initiation à l’initiation de chacun-e « pendant un an et un jour », élaborer le cadre des rituels, elle critique aussi son ego de Prêtresse. Starhawk décrit finement les contradictions entre le « Je » qui apparaît avec les responsabilités, et la spontanéité à ne pas perdre, tout en essayant des rituels théâtraux. Elle insiste sur l’importance de se former à diverses sources avant le premier pas ; elle rappelle l’importance de méditer et visualiser seul-e, que le Coven n’a rien d’obligé même s’il fait progresser.

Starhawk insiste sur la sécurité, le temps, le partage nécessaires pour créer un groupe, qui peut commencer par un repas et un tour de table, avant de faire les 5 Exercices qu’elle propose ensuite. Je mets l’accent comme elle sur l’importance du rythme de la voix, des pauses variées, et d’apprendre par cœur la structure en brodant par-dessus, plutôt que le texte exact de l’exercice. Personnellement, je m’étais auto-enregistré pour ensuite diffuser les exercices pendant un Festival de la LWE, cela avait bien marché ! Les Exercices 3 à 7 sont des exercices de groupe mais 5 et 7 peuvent se faire seul-e. Chaque exercice peut être final selon l’Énergie du groupe, en rendant le Pouvoir à la Terre, chacun est séparé du suivant par une longue pause. 🌬

 
Starhawk ne mentionne pas les Chakras, mais ils peuvent être évidemment utiles pour ressentir l'Énergie

L'Exercice 3 se propose de ressentir l’Énergie en cercle, de chacun-e puis de tou-te-s, par la colonne vertébrale, la respiration, de bas en haut, une transition de soi au groupe qui se prend la main. L’Exercice 4 se concentre sur la respiration, tous ensemble sur un rythme lent et calme en cercle qui redevient Un. L’Exercice 5 « L’Arbre de Vie » est une méditation qui peut se faire seul-e sans les exercices précédents. Il s’agit de s’imaginer se transformer en arbre, en se tenant droit, l’Énergie monte, descend dans les racines, remonte comme la sève, monte dans les branches qui font descendre l’Énergie du Ciel. En notes, elle propose de jouer avec les branches, et distingue la connexion à la Terre d’avec rendre le Pouvoir à la Terre. 🌍

Peut suivre l’Exercice 6 « Chant de Pouvoir », précédé de la respiration avec ou sans méditation, respiration qui devient des sons, bruits, cris, chants… qui montent et descendent avant la longue pause. Et enfin Exercice 7 « Rendre le Pouvoir à la Terre » qui clôt obligatoirement tout rituel, en prenant le temps de redescendre, en faisant couler l’Énergie vers le sol. ⏚

 


Starhawk préconise ensuite de manger et boire, faire un retour, enfin clore formellement la réunion par un chant en cercle et un baiser final. Elle rappelle qu’on peut partager nos réalisations, raconter nos vies, ne pas couper le Coven du Monde moderne. Elle pointe le danger des attirances sexuelles entre membres, des ruptures, et met en garde explicitement contre toute adoration d’un-e membre, la nécessité de mettre au clair les conflits et d’exposer des critiques précises, mélioratives, formulées le lendemain du rituel, en gardant en privé les critiques privées. La sûreté du Coven permet ainsi la liberté de ses membres. Dans ses notes, elle insiste sur la communication, le lâcher-prise envers autrui, le fait que les conflits entre 2 membres se règlent en privé. Elle propose la Divination pour voir plus clair quand il y a un conflit, même si les réponses sont souvent brutales et inattendues.

L’Exercice 8 « Transe par association de mots », à faire après 3 et 4 et à clore avec 7, est un exercice de groupe ou chaque membre en sens horaire dit un mot l’un-e après l’autre en association avec le mot précédent ; puis en répétant le mot précédent ; les 2 précédents ; enfin des phrases comme un cadavre exquis, donnant une Transe comme l’Exercice 6. Cela se termine par un temps de repos.

L’autrice insiste à nouveau sur la nécessaire redescente au Monde réel, ce qui à mon sens n’a pas été assez développé dans le groupe païen tourangeau. Pour Starhawk il faut savoir se relaxer, se concentrer, visualiser et projeter, buts des exercices suivants. Il faut aussi respirer, s’étirer, se dévêtir un peu surtout si les vêtements sont serrés, ne jamais se forcer à quoi que ce soit. L’Exercice 9 est une relaxation, à faire seul-e comme les suivants mais possible en groupe : d’abord tendre ses muscles, de bas et haut et de gauche à droite, respirer, puis sur un gros expir, se détendre des extrémités au centre du corps, et rester ainsi plusieurs minutes. Je déconseille de le faire peu avant de se coucher.

 


La visualisation est importante pour Starhawk, qui lui consacre 10 exercices. Il s’agit des sens intérieurs produits par le cerveau, comme dans les rêves, avec les mêmes différences entre personnes que les sens physiques. Elle propose d’abord Exercice 10 « Se relier à la Terre et se centrer », par la colonne vertébrale, à faire avant chaque exercice suivant. Je suggère de ne pas se précipiter et d’en faire un par jour même s’ils sont courts, ne pas hésiter à refaire sans se forcer ni s’épuiser. Il est possible de s’enregistrer chaque texte comme support, ou les apprendre par cœur, dès le 9. Chaque visualisation devrait se terminer en rendant à la Terre.

Exercice 11 « Visualisation simple » propose de visualiser sur un fond blanc des formes, des couleurs puis les 2, à faire même si on n’est pas débutant-e. Exercice 12 propose de visualiser une pomme (symbole ésotérique car coupée en 2 dans la largeur elle dévoile un Pentacle) par les 5 sens. Exercice 13 propose de visualiser un Pentacle se former dans un sens précis pour invoquer, puis se défaire dans le sens inverse pour bannir, ce que j’ai trouvé plus difficile. Puis en Exercice 14 il faut visualiser un nœud se faire et défaire, pour lier/délier un Sortilège.

Puis Starhawk propose des visualisations plus complexes pour s’entraîner, et insiste sur la méditation : Exercice 15 « Méditation de la Bougie », une vraie bougie dans une pièce sombre, meilleure la nuit. Exercice 16 sur le même support d’une vraie bougie, visualiser un diamant. Exercice 17 assis, se fixer dans un miroir, en répétant son nom ; je propose de le faire avec son/ses noms/prénoms/noms sorciers/pseudos… car cela donne des impressions différentes. Enfin il faut projeter soi-même l’Énergie, comme le propose l’Exercice 18 en se visualisant lancer une pierre sur l’expir, de plus en plus loin ; se visualiser utiliser un marteau dans l’Exercice 19.

Enfin elle insiste sur l’accueil des apprenti-e-s dans le Coven, un enseignement libre qui passe rapidement aux rituels, sans obligation de « recruter ». Parmi cet enseignement et la pratique, Starhawk développe sur le besoin d’une activité physique constante, soutenue, en pleine Nature et en contact avec les Éléments, surtout que beaucoup de Sorcières sont citadines ; pratique quotidienne de la relaxation, méditation, visualisation, sans jamais se forcer ; enfin écrire son journal de pratique qui peut être considéré comme un Livre des Ombres. En notes elle insiste sur le nécessaire contact avec la Nature. 🏞

À suivre... 😉

dimanche 28 avril 2024

ASET-ISIS, MA DÉESSE-GUIDE

 
Isis ailée, tombe de Séthi Ier

Comme je l’ai dit dans mon article précédent, Isis (grec ancien) ou Aset (égyptien ancien) est une Déesse qui m’apparut en rêve dès mon enfance. 💭 Ces rêves étaient d’abord de fréquence très irrégulière, avec de longues périodes d’absence, et d’un contenu assez obscur, très intuitif. Ce n’est qu’après quelques années de pratique et théorie du Paganisme et de la Magie, que ces rêves devinrent plus réguliers et plus clairs à mon esprit, tout en restant très intuitifs, dans le sens où Isis ne me « parle » pas, mais m’envoie des sortes de longs flashes très complets [un peu à la façon du langage des « Heptapodes » dans le superbe film Premier Contact]. Isis m’est d’une très grande aide en Divination, où je sens sa présence dès que je tente d’y voir plus clair dans le Destin ; elle est une extraordinaire conseillère, qui peut m’envoyer des signes très forts quand je fais fausse route, elle est la meilleure pour m’apprendre la patience. 💗

Mais avant tout, je veux essayer de tracer un portrait de cette fabuleuse Déesse : ses fonctions, ses attributs, son histoire, sa mythologie, sa place dans les Arts. Cela restera très résumé, en mêlant les informations issues des spécialistes des religions, d’histoire, avec mes propres remarques. Il y aura une courte bibliographie à la fin.

 

Isis coiffée d'un trône

Isis est à la fois une Déesse liée à la Mort – et plus encore à la Joie de l’Après-Vie des anciens Égyptiens – une Déesse-Mère très énergique et active, une Déesse-Reine personnifiant l’Égypte et le Pouvoir. 👸 Son nom en égyptien ancien est « Aset », qui signifie « le trône », représenté par le hiéroglyphe du trône de profil. 𓊨 L’étymologie de son nom la lie aussi au concept de « lieu, endroit » car elle personnifie le règne, la souveraineté sur une Terre, la royauté et la protection du Royaume. Elle est encore une Déesse magicienne et sage, et une Déesse liée au Ciel. Isis est représentée comme une femme coiffée d’un trône, ou du disque solaire car elle règne sur le Monde 𓇳 , sous la forme de divers oiseaux ou encore d’un serpent dans le cadre de ses actions mythologiques. L’instrument sacré appelé sistre 𓏣 est un de ses symboles, avec la vache (nourricière) et la chienne (liée aux Morts). Mais le principal symbole qui lui est lié est le « nœud d’Isis » ou Tyet𓎬 variante de l’Ânkh 𓋹 mais plus lié à l’Après-Vie et au Sang versé par Isis pour protéger les siens, souvent sous forme d’amulette.

 

Nœud Tyet sous forme d'amulette dans une tombe 

Aset apparaît assez tardivement dans la religion égyptienne (Ve Dynastie) en lien avec l’affirmation de l’unité égyptienne sous le règne divinisé des Pharaons, symbolisés par Osiris avec lequel elle forme un couple royal divin. Elle est autant liée à la Mort sous la forme d’une pleureuse protectrice avec sa sœur Nephtys, que liée à la Vie sous la forme d’une Mère allaitant Horus. Son lien avec la Nature est présent dans d’étonnantes et symboliques représentations : sous la forme d’un arbre allaitant (!!!), ou d’une colline protégeant le tombeau. Isis peut être ailée 𓆃, protégeant de ses ailes de rapace la momie d’Osiris. Cette représentation se trouve souvent dans l’art funéraire et je l’apprécie beaucoup, car elle est à la fois symbolique et belle. Elle est enfin souvent représentée en train de momifier Osiris.

 

Le très étonnant "arbre allaitant", tombe de Thoutmôsis III 

À l’époque gréco-romaine, Isis fut représentée de façon classique comme une femme richement habillée, et assimilée à plusieurs Déesses : Perséphone-Proserpine par son côté « entre la Vie et la Mort », Fortune-Tyché par sa fertilité et son ingéniosité, ou encore Vénus-Aphrodite par l’intermédiaire d’Hathor. Les Grecs, notamment Plutarque (fasciné par le culte et la mythologie isiaques) inaugurèrent le dernier visage d’Isis : la Déesse ésotérique, qui relève son voile pour montrer ses savoirs cachés ; cela permit aussi de passer sous silence les aspects sexuels des légendes isiaques, et les rituels égyptiens les plus complexes. Sous sa forme « hathorique » à tête de vache, Isis fut enfin assimilée à la nymphe Io divinisée après la colère d’Héra. 🐮

Une belle Isis gréco-romaine portant le sistre, Musées du Capitole

Aset est la fille de Geb le Dieu-Terre, et de Nout la Déesse-Ciel. Elle est la sœur et la femme d’Osiris, le Pharaon divin ressuscité par Aset, la sœur de Nephtys qui est plus liée aux pratiques funéraires, la sœur de Seth le Dieu du désert et du désordre. Elle est à la fois la sœur, l’épouse, la mère de différentes versions d’Horus le Dieu-faucon 𓅃 , que les Romains appellent Harpocrate dans sa version d’Horus enfant. Elle adopte Anubis le Dieu-chacal funéraire et est enfin la mère de Bastet, Déesse-chatte protectrice, et des 4 Fils d’Horus qui protègent les viscères des momies. D’autres mythes en font la femme ou la mère de Min, Dieu de la fertilité ; plus tard la femme de Sérapis, fusion d’Osiris et du Dieu-Taureau Apis, à l’époque hellénistique. Les Égyptiens lui associent Sirius 🌟 , étoile la plus brillante du ciel nocturne qui annonce la crue vitale du Nil ; les Romains en firent une Déesse plutôt lunaire car liée aux savoirs ésotériques, mais allant à l’encontre de son côté solaire actif, que je préfère.

 

 Isis (à la tête) et Nephtys (aux pieds) assistent Anubis dans l'embaumement, protégés par une Isis ailée (tombe thébaine)

Contrairement à certains stéréotypes (antiques et/ou modernes) de Déesse Mères et Reines « se contentant » de siéger et de protéger, Isis est une Déesse en action, en mouvement, extrêmement rusée et intelligente, 🧠 tout au long des mythes desquels elle fait partie : la Création d’Héliopolis et le Mythe d’Osiris, célébré pendant les Mystères d’Osiris. On pourrait même dire que sans sa femme et sœur, Osiris ne serait qu’un bon monarque assassiné. Wiki donne des équivalentes d’Isis par syncrétisme, mais personnellement je trouve Hécate-Trivia plus sombre, et Déméter-Cérès trop liée à l’agriculture. Cependant Isis a des points communs avec Héra-Junon, Déesse Reine et Mère elle aussi très active en mythologie, mais plus liée au mariage ; elle peut également faire penser à une autre Déesse très active qui est Athéna-Minerve, mais Isis n’est pas vierge ni réellement guerrière.

 

Une triste et belle Isis-Sirius (Sothis en grec) assimilée à Déméter pour la fertilité, Villa d'Hadrien

La Mythologie d’Aset-Isis est particulièrement riche en rebondissements, grâce à l’ingéniosité de la Déesse faisant d’elle un membre central de la famille osirienne. Cela lui valut une épithète que j’aime beaucoup : Sopdet, l’Efficace, qui est aussi le nom égyptien de Sirius. Ainsi, pour augmenter ses pouvoirs, et plus tard en faire bénéficier les siens, elle vola le nom secret de Rê 🌞 (lié à son Ka, sa force vitale spirituelle) en le menaçant avec un serpent puis en guérissant le Dieu du Soleil avec son propre Pouvoir après qu’elle l’a volé. Sa bonté se retrouve dans le fait qu’elle éleva Anubis 𓁢, fils d’Osiris conçu en adultère avec Nephtys et rejeté par Seth, époux légitime de Nephtys. Isis fut avant tout active dans la résurrection d’Osiris 𓀳, à la suite de l’adultère ayant mis en colère Seth qui tua leur frère. De nombreux papyrus et traités grecs racontent la quête d’Isis des morceaux du corps de son frère-époux, fondant des temples, faisant appel à un âne pour transporter le corps reconstitué, se lamentant avec Nephtys pendant les funérailles sous forme de pleureuses pour qu’Osiris revive. Ainsi, dans l’épisode suivant, elle peut s’accoupler avec la momie, sous la forme d’un milan (rapace de taille moyenne) exécutant des danses, pour concevoir Horus qui reprend la charge royale ; d’où les représentations d’Isis protectrice ailée.

 

 Isis et Nephtys ailées protégeant la momie d'Osiris qui renaît, Temple d'Hathor à Dendérah

En tant que Mère, Isis protège des scorpions et des serpents (créatures de Seth), car elle protégea Horus enfant ou Harpocrate de Seth par des actions, des paroles, des lamentations, des quêtes incessantes. Toutefois, encore à cause des tromperies du Dieu du désert 𓁣 qui provoqua Horus, celui-ci décapita sa mère. À la suite de cela, une autre légende dota Isis d’une tête de vache empruntée à Hathor car cela se situait dans une ville adorant cette seconde Déesse. Hathor est une Déesse plus « classique » de l’Amour, la Beauté, la Joie, la Musique 🎼 , ce qui fait que deux types de féminité sont réunies en Hathor-Isis. 

 

Isis-Hathor à tête de vache

Cette riche mythologie s'épanouit dans de nombreux temples : une vingtaine en Égypte, une douzaine en Grèce et Turquie (Asie Mineure), une dizaine en Italie. Isis devint une véritable « Déesse nationale » égyptienne, d’abord en Basse-Égypte au Nord, puis dans la Haute au Sud suivie par la Nubie. L’immense Temple d’Isis de Behbeit El-Hagara, dans le Delta, était au cœur d’une véritable « ville d’Isis », un Iséum au sein de l’Isiospolis diront les Grecs et les Romains, composé d’immenses blocs de granit sculptés alors que cette roche est extrêmement dure. Le culte y insistait beaucoup sur Isis comme principale artisane de la résurrection d’Osiris. Le temple plus tardif de Philæ, à la frontière avec la Nubie, très connu et superbement conservé, fut sauvé du lac de barrage d’Assouan grâce à l’UNESCO, preuve de son importance mondiale. Isis y est vénérée comme une Divinité multiple, primordiale, sous sa forme ailée, dans un immense temple central, parmi de nombreux monuments de Divinités et d’époques diverses sur une île sacrée 🏝 . Les Mystères d’Osiris à Philæ, pendant le mois de Khoiak à la fin de la crue annuelle du Nil, insistent quant à eux sur l’Isis funéraire, pleureuse, rejouant ses actions pour qu’Osiris ait une mort digne d’un Pharaon. 

 

L'incroyable Temple d'Isis à Philæ

Les Mystères d’Isis sont bien plus récents que ceux d’Osiris et datent des Lagides. Ils suivent une structure classique gréco-romaine : des festivités publiques joyeuses, pendant que se déroule une initiation sous forme de Cultes à Mystères. Ces Mystères seraient un syncrétisme entre ceux d’Osiris et les Mystères d’Éleusis, tournant tous autour de la Mort et de l’Après-Vie, et se passaient à Saïs dans le Delta. Comme souvent dans ce genre de cultes, le rituel et les enseignements se composent d’une descente souterraine, une Lumière en pleine obscurité, puis une remontée sous forme de renaissance. L’initié était revêtu de plusieurs tuniques colorées correspondant aux révélations, que l’on retrouve dans certaines représentations gréco-romaines d’Isis. On en lit un récit complet dans L’Âne d’or, d’Apulée. Dans les temples, égyptiens comme gréco-romains, les offrandes étaient quotidiennes, sous la forme d’habits de la statue et d’eau sacrée. Isis est présente aussi dans les autels privés, et dans les rêves. Les Romains lui ajoutèrent une fête : celle du Navigium Isidis ou Navigation d’Isis, pour protéger les navigateurs. 

 

Un très beau bouclier ou égide, en forme d'Isis protectrice, époque lagide

Un des aspects du culte d’Isis qui m’a le plus frappé, est son adoration en de nombreux lieux et à de nombreuses époques, faisant d’elle une véritable « Déesse de l’Espace et du Temps » universelle 🌍 . Cela peut paraître courant au sein du syncrétisme polythéiste, mais Isis eut bien plus de succès que d’autres Divinités, sans être systématiquement assimilée à d’autres Déesses. Il ne s’agit pas vraiment d’une conséquence politique, même si les Lagides jouèrent un certain rôle dans la dissémination de son culte, car les Égyptiens ne furent pas impérialistes contrairement aux Romains et ne possédèrent jamais toute la Méditerranée. Je pense qu’Isis répond à un besoin spirituel : celui de contenir en elle plusieurs archétypes féminins, la Reine, la Mère, la Guérisseuse ou Magicienne, la Veuve, l’Active (ou Guerrière). Son statut de Reine et Mère, régnante et protectrice, lui fit transcender les frontières, les différences linguistiques, culturelles, religieuses, les millénaires. La Sagesse d’Isis et sa ruse en font une Déesse populaire dans les magies antiques. 

 

 Représentation de pleureuses dans une tombe

Son culte s’installa en Grèce avant l’époque hellénistique, et s’implanta d’autant plus que les Lagides possédaient toujours des terres autour de la mer Égée. Le culte officiel des Lagides acheva de donner à Isis une fonction de Déesse universelle, en écrivant des arétalogies, longs textes sous forme de litanies, avec des formules répétitives commençant par « je suis », « moi je » listant les nombreuses actions et épithètes de la Déesse. Son culte apparut en Italie avant la conquête des terres hellénisées, et fut florissant dans tout l’Empire Romain jusqu’en Germanie. Isis était très populaire chez les femmes, offrant une image féminine forte et indépendante aux Grecques et Romaines infériorisées. 

 

Le mignon Temple d'Isis de Pompéi

L’extrême richesse des mythes, des cultes, des fonctions d’Aset devenue Isis, la firent résister plusieurs siècles à la christianisation ✝ , car son culte survécut jusqu’à la conquête musulmane au VIIe s. Sous sa forme de Déesse-Mère allaitant Horus-Enfant, elle influença durablement le Christianisme sous la forme de la Vierge Marie allaitant l’Enfant-Jésus, car il n’y a quasiment aucune autre Déesse représentée ainsi. Après la christianisation, le nom d’Isis survécut pendant le Moyen-Âge sous la forme d’une Reine car elle ne pouvait plus être Déesse. Christine de Pizan en fit une figure allégorique, symbole de fertilité et de souveraineté féminine. 

 

Isis allaitant Horus, période tardive

Le renouveau des connaissances antiques à la Renaissance fit d’Isis une Reine d’Italie, et son mythe se retrouve peint en plein Vatican dans les appartements des Borgia, se disant descendants d’Horus ! 😳 Isis devint aussi une version féminine du Trismégiste [fusion de Thot, Hermès et Mercure et inventeur mythique de l’alchimie, que j’adore également]. Les textes romains antiques, affirmant l’universalité du culte d’Isis, furent récupérés par l’Allemagne (du Saint-Empire à l’Empire Allemand) et par la France (Royaume puis République) pour se réclamer de la présence d’Isis. Elle devint inventrice de la bière 🍺 , assimilée à la glace (Eis en allemand) et à l’Hyperborée, ou encore présente à Paris sous la forme « par Isis », près d’Isis. Ces étymologies inventées prouvent néanmoins la force intacte des mythes isiaques. 

 

Isis enseignant le savoir ésotérique au Trismégiste (gauche) et à Moïse (droite), appartements Borgia au Vatican

Après la Renaissance, l’ésotérisme occidental fit d’Isis un pâle Principe Féminin lunaire 🌙 éloigné de sa mythologie si active, même si elle reste une Reine de la Nature. Deux opéras 🎶 marquent cette époque : Isis de Lully (musique) et Quinault (paroles) raconte la légende d’Io divinisée en Isis après plusieurs épreuves initiatiques causées par Junon ; La Flûte enchantée (Die Zauberflöte) de Mozart et Schikadener met en musique les rituels de la Franc-Maçonnerie, qui font d’Isis et Osiris le couple régnant sur la Lumière, atteinte après les habituelles épreuves initiatiques. Au milieu de toutes ces nouvelles légendes, rites et grades ésotériques, Isis sous sa forme grecque voilée devient une allégorie de la Nature 🍃 révélée par les Sciences, d’après Goethe et Schiller, fusionnée avec Artémis à plusieurs seins pour symboliser la Fertilité. Les Révolutionnaires en firent l’équivalent féminin de l’Être Suprême, tandis que Victor Hugo renouvelle son côté funèbre en l’associant à sa vision de Lilith. 

 

Cette étonnante Fontaine de la Régénération représente Isis, pendant les fêtes révolutionnaires de l'Être Suprême

Isis passe inévitablement dans les innombrables occultismes contemporains (jusqu’à son assimilation à Mona Lisa dans le Da Vinci Code !), et dans le Néo-Paganisme dont je fais partie, souvent sous la forme de la Déesse-Mère présente dans la Wicca. Sa forme voilée ésotérique coexiste avec la personnification de la Nature, même si la Déesse agissante que je préfère revient en force récemment sous l’influence des courants féministes. 

 

Isis guidant Néfertari, dans sa tombe à Thèbes, une représentation très juste d'Isis comme guide

Pour terminer sur ma pratique et mes croyances : je pense ne jamais avoir été monothéiste, et j’ai assez vite abandonné le « duothéisme » de la Wicca. Néanmoins, Isis est la seule Divinité qui m’accompagne depuis avant mes débuts dans le polythéisme, et il est vrai que cela peut passer pour de l’hénothéisme, c’est-à-dire une Divinité principale dans un système polythéiste. Il m’est arrivé de moins penser à Isis, de moins faire appel à elle, mais elle ne m’a jamais fait défaut, ni pour m’envoyer des signes ni en Divination, elle est vraiment « l’Efficace » ! 😍 J’essaye d’avoir une certaine régularité dans mes demandes, de ne pas lui demander n’importe quoi non plus ; je lui fais des offrandes avec régularité, du lait, du miel, de l’encens, des poèmes. Pour autant, elle ne réclame pas des prières incessantes, des poèmes interminables, des offrandes immenses ou des rituels compliqués. Aset-Isis est, elle veille, elle protège, elle conseille, et pour cela je ne la remercierais jamais assez. ❤💙🥰

 

 La finesse incroyable de l'Isis ailée du sarcophage de Ramsès III au Louvre

Bibliographie : Laurent Bricault et Françoise Dunand sont incontestablement les spécialistes français des cultes isiaques, égyptiens et plus tardifs. Les principales hymnes et prières ont été traduites en français [on dit « une hymne » quand il s’agit d’un texte religieux]. L’ouvrage de Florence Quentin Isis l’éternelle est un bon résumé de son influence de l’Antiquité à nos jours. Les ouvrages antiques d’Apulée, Diodore de Sicile, Ovide, Plutarque, Tacite, se trouvent facilement en français même en format poche. En anglais je recommande John Gwyn Griffiths, et d’un point de vue néo-païen, les classiques Drawing down the Moon de Margot Adler et The Triumph of the Moon de Ronald Hutton. J’ai en ma possession Isis Déesse-Mère de Rome et d’Égypte de Lesley Jackson, traduit en français aux éditions Danaé, dont j’écrirai une critique dans un autre article.

Merci d'avance pour votre lecture et vos commentaire de ce long article ! Alco 😘

 

Une dernière Isis ailée : celle du sarcophage de Toutankhamon

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