mercredi 21 octobre 2026

Starhawk, Spiral Dance, article 3/4 : description, critique, conseils

Après une sorte de longue introduction à la Sorcellerie (solitaire et en groupe) puis des concepts-clés et de nombreux Exercices, l’autrice bifurque au milieu de l’ouvrage vers une « théorie de la pratique » à la foi magique, wiccane et ésotérique. 🧙

« Chapitre 7 Les Symboles magiques » insiste sur la Magie comme force de changement intérieur tout autant qu’action sur ce qui nous est extérieur, avec quelques remises en cause dans ses notes. Le chapitre commence par des jeux de mots et aphorismes pour décentrer la vision. Starhawk décrit la Magie comme la pratique des Sorcières et Sorciers, qui vise à œuvrer sur des forces invisibles que l’on peut percevoir, en s’appuyant sur les rêves, de nombreux ingrédients, le changement de conscience (développé dans les chapitres suivants) et l'union à l’Autre. Elle insiste sur le côté inattendu des résultats de nos petites actions magiques. L’Inconscient peut être stimulé par des mots, des symboles, des choses. 

En note de traduction, une explication intéressante sur la différence entre le sort (l’intention) et le sortilège (la mise en œuvre), le premier étant une sorte de prière que le second projette dans l’invisible par des objets, des actes, des paroles. Il y a à la fois l’Esprit et les choses matérielles dans la Magie, choses listées dans des tables de correspondances symboliques héritées de l’Antiquité. En note, Starhawk propose une méthode de travail magique : 🪄 1° clarifier son intention (sort) par la méditation et la divination ; 2° se promener en ramassant les ingrédients ; 3° les lier/assembler pendant le rituel (sortilège) ; 4° s’en débarrasser en offrande.

La Magie demande des qualités mentales développées aux chapitres précédents, mais aussi un côté matériel et personnel développé, un sens du « ici et maintenant » en insufflant notre conscience dans notre volonté magique. Starhawk expose une sorte d’alchimie intérieure très jungienne, en lien avec les inconscients individuel et collectif, qui transforment le/la Mage par sa volonté. Elle insiste évidemment sur l'honnêteté, l’importance de la Parole magique, qui nous convainquent par autosuggestion. La Magie est une métaphore qui permet d’accéder aux Énergies subtiles, pour que nos petits sortilèges fassent « effet papillon ».

Donc les symboles, les images magiques, aident à concentrer et canaliser notre Énergie, avec auparavant une étape de préparation de l’intention ; aussi pour reconnaître nos émotions et les transformer par le sortilège. Starhawk revient régulièrement à ce qui nous dépasse : la Magie relie le Soi à une Énergie collective, de l’Humanité, au Cosmos. Puis elle développe sur l’Astrologie, notamment l’influence de la Lune, la plus forte car elle est l’astre le plus proche de la Terre : Lune croissante pour ce qui demande du développement, Pleine Lune pour l’Amour, décroissante pour le bannissement ; bien sûr les sorts sont adaptables ! 🌑🌓🌕🌗🌚

L’autrice insiste toujours sur la subtilité déconcertante des résultats ; et le fait que la Magie ne remplacera jamais les actions concrètes qui nous incombent. Elle demande de visualiser le résultat final, de le fixer dans un symbole projeté en conscience, puis de lier le sort ; ce qu’elle propose en Exercice 43. Puis elle développe sur les sorts liés à une autre personne, avec laquelle le/la Mage doit avoir un lien psychique, une sorte d’empathie très développée ; d’où l’idée ancienne que ce que nous envoyons à autrui nous revient en triple car nous sommes la source de l’Énergie envoyée.

C’est évidemment l’occasion de parler des Sorcières, dont le terme Hex renvoie aux objets symboliques hexagonaux dans les pays germaniques et aux Harpies.  ⬡ 🧙 Selon les traditions magiques, soit le consentement est obligatoire et donc les maléfices interdits ; soit à l’inverse on considère qu’il faut savoir jeter un sort pour guérir, notamment en empêchant autrui de nuire, qui donne des résultats encore plus surprenants que les sorts « bénéfiques ». Ce que l’on pourrait appeler « Magie Noire » est avant tout une Magie égoïste, dirigée contre autrui, qui détruit le/la Mage. Ce pourquoi Starhawk rappelle l’indispensable travail sur soi à faire, car toute Énergie envoyée nous revient en boomerang. 🪃 Elle glisse aussi que les sorts pour attirer l’Amour, attirent en fait le Sexe, ce dont je peux témoigner. 

Contre les attaques magiques, plus rares qu’on ne pense car elles sont souvent des pensées paranoïaques, Starhawk propose « Exercice 44 Filtre de protection », qui nécessite beaucoup de concentration pour durer dans le temps. Le chapitre se termine par de nombreux sortilèges, avec un rappel de la structure : Cercle-Pouvoir-fermer-mettre à la Terre ; et un rappel du lien entre ces sortilèges et les rituels saisonniers. 🌎🌳

Quelques-uns de ces sortilèges, et la plupart des « Charmes confectionnés avec des plantes », demandent néanmoins des ingrédients rares, des correspondances précises, des périodes précises aussi pour les confectionner, ce qu’elle dénonçait pourtant plus tôt. En note, elle insiste avec justesse sur l’art de détruire ce qui reste des sorts/charmes, faire quelque chose de biodégradable avec des ingrédients locaux. D’utiles correspondances sont exposées dans le « Charme pour obtenir un travail », domaine moderne qui comme l’Amour ou les sorts contre autrui, fait l’objet de nombreuses erreurs et malentendus.

Le « Chapitre 8 Énergie, le Cône de Pouvoir » est un autre chapitre de théorie mise en pratique, ici une théorie ésotérique mise en méditations et divinations. Il commence par une description subjective du Cône de Pouvoir émis en groupe, et ses effets de transe. Il s’agit d’après Starhawk, de se connecter à l’Énergie universelle en chacun de nous pour ensuite la renvoyer, en vivant extase et transe. Il faudra aussi savoir ressentir précisément cette/ces Énergie(s), en se connectant à la Nature, la Terre.

Elle décrit l’Énergie comme étant constamment en mouvement, à ne pas bloquer, sous forme de spirales, d’ondes, ce qui est un moyen de la relier à la physique quantique. Mais Starhawk insiste aussi sur le repos, la relaxation, car l’Énergie n’est pas de la même nature que nous Humains. Notamment, elle rappelle (et j’insiste avec elle !) l’importance de rendre l’Énergie utilisée à la Terre, ⏚ à la fin de tout rituel. De même au début de chaque rituel, il est conseillé de s’ancrer à la Terre, prendre conscience du Cercle. Puis l’autrice décrit un autre rituel, public et politique cette fois-ci.

 
Une vision idéalisée mais au moins pas dénudée... 

Elle rappelle qu’il faut dépenser de l’Énergie pour la faire monter, suer corporellement et perdre temporairement ses repères mentaux. Le Cône de Pouvoir, généralement focalisé sur un objet, une image à visualiser ensemble, est pour Starhawk le sommet des pratiques rituelles en groupe, après avoir effectué les Exercices 3 à 8, 21-22, 38. Cet « Exercice 45 Le Cône de Pouvoir » ouvre un nouveau cycle d’exercices à faire en groupe, jusqu’au 56 (avec quelques exceptions). Le début est classique : ancrés, en Cercle, respiration de groupe, chant sans paroles. Puis tout en chantant, il faut visualiser le but à atteindre collectivement, faire monter ce Pouvoir jusqu’à ce qu’il retombe. Enfin se détendre vers la Terre, et lui rendre l’Énergie.

Une longue note développe sur comment faire retomber ce Pouvoir, plutôt intuitivement par un petit groupe que de façon cérémonielle par un/e seul/e ; elle insiste sur la clarté de l’objectif à atteindre et visualiser pour éviter les manipulations. Starhawk suggère fortement d’ajouter des percussions, danses, rythmes, mots… pour accompagner le Pouvoir. 🥁

Suivent 2 exercices complémentaires : 46 « Le Chant de la Matrice » qui doit se faire en Cercle, allongé-e-s, les têtes au centre, en touchant « la matrice » (le nombril ? attention aux attouchements !) de ses voisins. Après ancrage, respiration de groupe, chant de Pouvoir, il s’agit de visualiser un souffle qui vient de cette Matrice, qui devient un son, un Cône de Pouvoir, qui retombe, mise à la Terre.

« Exercice 47 Mise à la Terre formelle » est la version ritualisée en groupe de l’Exercice 7 : si possible en tenant la baguette ou autre objet dirigeant l’Énergie, on lève d’abord les mains en visualisant le Pouvoir qui coule, on se relie à la terre et ancrage, puis avec un texte poétique on baisse les mains/la baguette jusqu’au sol, et on rend à la Terre. 🜃

Ce chapitre se poursuit avec une explication des 3 types d’Énergies : d’abord l’Énergie Élémentale, liée aux Éléments naturels, à nos besoins basiques corporels, dite aussi éthérique. Cette Énergie subtile est liée à la Terre, Air, Feu, Eau, ♁🌊🔥𐑺 plantes et animaux (et minéraux !), au Corps Éthérique, à l’Inconscient. En note, Starhawk insiste lourdement sur le nécessaire contact à la Nature : jardin, parc, forêt, grands espaces… le/la Mage doit se balader régulièrement ! Une autre note rappelle l’importance énergétique des animaux familiers 🐱 : chats, chiens qui sont plus animés, mais ces animaux sont souvent trop nerveux si on les intègre dans un rituel. Cette Énergie est renforcée à chaque ancrage.

La seconde est l'Énergie mentale, liée au cerveau, aux rêves. Pour Starhawk, Corps Éthérique et Corps Astral forment l’Aura, un champ d’Énergie personnelle qui rayonne selon diverses couleurs subtiles. Le Corps Astral peut être projeté en-dehors du corps physique par un voyage astral. 🧠

Enfin la 3ème est l'Énergie des Divinités et Esprits invoqués dans les rituels, temporaire, qui ouvre le troisième œil au milieu du front, après avoir ouvert les chakras précédents (nombril et plexus notamment). 👻 Puis Starhawk propose « Exercice 48 Le Pendule » pour harmoniser nos Énergies, faisable seul, en le laissant se balancer librement selon nos émotions. Après une profonde respiration ventrale, elle suggère de tenir le pendule 5cm au-dessus de la paume de l’autre main, se détendre, attendre, jusqu’à ce que notre Inconscient le fasse bouger par des mouvements involontaires.

Suivent des exercices à faire à deux : 49 « Ressentir l’Aura, la méthode du Pendule » avec une personne réceptrice qui fait osciller le pendule à 60cm de la personne émettrice, distance de l’Aura à partir de la fontanelle ; je suis réservé sur le conseil de chercher des zones de tension (à faire par un-e thérapeute) mais on peut repérer sans danger les zones plus énergétiques. « Exercice 50 Ressentir l’Aura, la méthode directe » est la même chose avec les paumes des mains, pour ressentir des zones chaudes et froides dans les Auras. 👐

« Exercice 51 Absorber et projeter l’Énergie » peut se faire avec pendule ou paumes. L’émettrice fait « Exercice 5 L’Arbre de Vie » et la réceptrice doit ressentir les « branches » d’Énergie ; puis l’émettrice doit visualiser l’Énergie être absorbée et la réceptrice doit la ressentir diminuée. « Exercice 52 Voir l’Aura » se fait en groupe : sur un fond blanc, l’émetteur/trice (Starhawk préconise nu-e mais bien sûr cela peut se faire sous-vêtements) se positionne, tous font les Exercices 10 puis 9, lumière tamisée. En regardant attentivement, on devrait percevoir le Corps Éthérique comme une ligne lumineuse, l’Astral sous forme d’un nuage coloré changeant. Pour terminer, elle rappelle que les objets magiques ont aussi leurs Énergies, reliées à celle de l’Univers. 🪄

Quoi de mieux que la Pythie, pour illustrer la Transe ? 

« Chapitre 9 La Transe » est le dernier chapitre sur le travail spirituel psychique. Après un récit de transe hypnotique, Starhawk insiste sur notre évolution interne, en connexion avec un Univers énergétique en perpétuel changement. Elle rappelle que physiquement, nous n’entendons ni ne voyons toute la Réalité ; pour elle, la Transe serait une perception du Tout. Elle expose que de nombreuses choses peuvent nous faire entrer en transe : incantations, rêveries, concentration, Arts, méditations. Le côté initiatique de ces états modifiés de conscience doit nous rendre humbles devant le Tout, et nous éloigner de ceux qui se disent supérieurs. Elle relie la Transe à des expériences universelles, formant l’Inconscient collectif. ☯

La transe est au-delà des sens physiques (qui pour ma part marchent fort bien en rêve), au-delà de ce que l’on peut nommer, elle est un accès direct aux Énergies subtiles, racontables sous forme de métaphores comme dans l’Alchimie, dans lesquelles évoluent des Entités qui entrent parfois en contact avec nous. En note, Starhawk insiste sur notre subjectivité, indispensable pour raconter nos vécus de transe, les interpréter, méditer dessus, notant que certaines entités peuvent venir de notre psychisme. Elle expose ensuite les énergies subtiles/astrales créées par des groupes appelées égrégores, ancrées dans des objets et espaces physiques, en citant Dion Fortune. 

Starhawk alerte sur le le voyage astral, qui se ferait plutôt dans le plan astral que dans le réel physique et nécessite beaucoup d’énergie personnelle, de la sécurité, sans dérangement, avec un Cercle de protection, rituel, visualisation. Elle rappelle que la transe développe la créativité, et la distingue de l’hypnose et des fausses idées sur les suggestions, car en transe nous nous auto-suggérons. La transe développe la médiumnité, le Soi profond enfantin, les révélations ; mais aussi l’Ombre, le refoulement, qui peuvent ressortir dans les récits que nous nous construisons après.

La longue note 51 développe sur l’Ombre qui peut apparaître en transe, notamment nos archétypes de pouvoirs abusifs sur nous-mêmes et sur autrui, notre « dictateur interne », nos paranoïas, jugements, comparaisons, jalousies, notre besoin d’ordre qui ne fonctionne pas en Spiritualité, notre autocensure. En antidote, Starhawk insiste sur le groupe de pratique, les processus de décision, le besoin de mystère, le partage d’expériences contre les non-dits, l'absence de hiérarchie. Elle préconise de se recentrer sur Soi, nos choix, nommer les conflits, prendre nos responsabilités, ne pas soigner autrui contre lui/elle, ne pas agir si nous ne sommes par concerné, faire amende honorable dans l’autre cas. Pour elle, aucune personne spirituellement élevée n’a jamais totalement rompu avec ses Ombres. 🕶

Starhawk s’élève contre la négation du corps et à l’inverse tout y rattacher, les « entités » qui nous enjoindraient d’abandonner ce qu’on aime, et met en garde sur le fait que l’Ombre peut faire tomber malade psychiquement par culpabilité, paranoïa du « mauvais œil »… 👁 Elle insiste encore sur la force du Coven, la douceur entre membres, pourquoi pas ritualiser nos confrontations, et ne pas s’acharner sur les personnes malades ni en bien ni en mal. L’autrice s’élève fermement contre les psychotropes, utilisés souvent d’une façon non-traditionnelle alors que le Chamanisme repose sur des contrôles s’exerçant depuis des générations, selon des structures mythologiques.

Le but de la transe est la vision, la conscience éclairée. Une excellente protection d’après Starhawk est l’humour, le rire - de soi-même y compris - sans oublier l’étude approfondie des rêves. L’autrice indique que les études de Magie et de Mythologie peuvent structures les rêves, elle préconise un journal des rêves, et s'entraîner à faire des rêves lucides. 💭

 

Après ces lourdes mais nécessaires théories, vient la pratique de la transe : elle peut être induite par la relaxation, la privation des sens, le rythme, et même l’ennui. La relaxation est préconisée en groupe. La privation sensorielle peut faire entendre des voix par exemple ; scruter un cristal et autres pratiques de voyance peuvent faire émerger des visions. Starhawk recommande fortement le rythme, le tambour chamanique, avec des rythmes syncopés ou des pulsations régulières à 8 ou 6 temps. La transe peut être encore amenée par la danse, la poésie métrique, les paroles chantées, l’ennui, la répétition musicale. 🎶

Starhawk rappelle de projeter un cercle en le visualisant, puis expose « Exercice 53 Recommandations » en trouvant toutefois que cette introduction n’est pas toujours utile, par exemple le fait de se rappeler de tout, qu’il vaut mieux contrôler la descente. Puis après un exercice de relaxation, s'ensuit « Exercice 54 L’Arc-en-ciel : induction à la transe » en ajoutant en note qu’il n’est pas nécessaire d’être allongé-e, surtout les personnes remuantes, bruyantes ; même si des instructions claires sont bonnes pour débuter et cadrer. Puis « Exercice 55 Le Lieu de Pouvoir » pour se créer un refuge intérieur, avant de sortir doucement de la transe, en inversant bien le processus, en visualisant le tout pour se protéger intérieurement, par l'« Exercice 56 L’Arc-en-ciel : sortie de la transe » avec quelques ajouts en note ; je suggère enfin de rendre l’Énergie à la Terre. 🌈

Starhawk continue avec « Exercice 57 Clairvoyance » en se concentrant sur un objet, sans se forcer, sous forme de flashs ; toujours rendre l’Énergie à la fin. « Exercice 58 Suggestion » pour fixer un résultat que l’on veut obtenir ; « Exercice 59 Mémoire » qui propose un cheminement dans nos souvenirs ; « Exercice 60 Transe pour entrer dans un rêve » sur un cheminement semblable. Elle propose aussi une transe dans l’Ombre, et de créer des inductions rythmées et répétitives comme dans « Exercice 61 Induire le rituel », qui peut se faire à plusieurs.

L'autrice relie les Cultes à Mystères et la Sorcellerie par l'intermédiaire des rituels avec induction et révélation - par la transe - d’un secret qui n’a de sens que dans le rituel. La transe aide beaucoup à la Divination, pour focaliser l’attention, l’intuition, les perceptions et prodiguer de bons conseils. Starhawk rappelle que pour revenir dans la « vraie vie », le mieux est de manger et boire ensemble ! Cette fin de rituel s’appelle aussi « Petite fête » chez Cunningham, en faisant attention à l’abus d’alcool… Elle contient la libation, la circulation du gobelet, le partage social. J’insiste aussi lourdement qu’elle sur une clôture formelle du rituel, la dissipation des Énergies du groupe, dire « au revoir » aux Divinités, dissiper en inversant le Cercle comme un bannissement et en chantant ensemble. 🍝🍻

samedi 23 mai 2026

Starhawk, Spiral Dance, article 2/4 : description, critique, conseils

Dans cet article, je vais résumer le centre de l’ouvrage : les Chapitres 4 à 6 sur la création de l’espace sacré ou Cercle, la Déesse et le Dieu. Après de longues introductions, un début théologique sur la Sorcellerie, de nombreux exercices préliminaires en groupe et solo, Starhawk entre dans le vif de sa pratique avec le « Chapitre 4 Créer l’espace sacré ». ⭕

 
Le célèbre Cercle Magique de Waterhouse (1886)

D’emblée, elle raconte une projection du Cercle magique, par des invocations très parlantes et de nombreuses références à la visualisation, même si le contenu est assez théâtral. Elle n’oublie pas l’invocation au Centre, ce à quoi j’ajoute le Ciel et les Profondeurs pour former une Sphère/Bulle de protection. D’une certaine façon, cette protection magique et cadre des rituels peut être considérée comme un Espace-Temps, un endroit où d’un point de vue humain, divin, spirituel et magique, le Temps et l’Espace se déploient différemment « entre les Mondes ». J’aime bien les idées de « méditation en action » et « Mandala vivant » qu’elle exprime. En notes, elle décrit plusieurs façons poétiques, informelles, de projeter le Cercle en visualisant, bougeant, par le Son aussi ! 🛕

Je suis d’accord avec le fait que les chats et autres familiers et les enfants (pas les ados) ne perturbent pas l’Énergie en traversant le Cercle ; je trouve que le fait de tailler une porte dans le Cercle est plus difficile. L’origine mégalithique du Cercle me semble évidente. Pour moi, le Rituel commence dès la Purification indispensable, par le Sel et l’Eau. Je pratique l’Exercice 20 sans grand changement, on peut transférer le sel par la baguette magique si sa forme le permet. La Purification de groupe Exercice 21 est évidemment plus théâtrale, et doit être suivie par l’Exercice 22 Bannissement pour chasser les « mauvaises » Énergies/Esprits du lieu et du groupe, sous formes d’ordres et de bruits, puis se relier à la Terre. En note, un nécessaire rappel de la Purification directement dans l’Eau salée de l’Océan, avec des éléments de rituel autour. 🌊

En solitaire, un bain salé et parfumé est une bonne solution avant un gros rituels, mais ne remplace pas l’Exercice 20 pour moi. En groupe, il est amusant de tourner en sens horaire pour créer le Cercle, et antihoraire pour le dissiper. Concernant les Éléments et directions : j’insiste sur le fait de ne pas oublier le Centre (le Soi/Nous), et l’ajout du Ciel et des Profondeurs. En plus des correspondances « magiques traditionnelles », il m’arrive d’utiliser des Éléments et directions européanocentrés, inspirés d’écrits grecs comme ceux d’Aristote : Est Terre (masse continentale eurasiatique), Sud Feu, Ouest Eau, Nord Air (vents du Nord comme le Borée). Starhawk rappelle que cet ordre peut changer selon le lieu du rituel, elle rappelle en note qu’il est très conseillé de prendre contact dans la réalité avec chaque Élément.

Je suis toujours étonné que Starhawk ne mentionne pas l’encens comme symbole de l’Air à l’Est, je n’approuve pas vraiment l’épée comme elle le dit en note, et même pour un couteau il faut faire attention énergétiquement. ☁ Pour les Exercices 23, 25, 27, 29, il est évidemment possible de changer les Divinités. Je préconise toujours de faire ces méditations une par jour, quitte à laisser ouvert chez soi un Cercle pendant 1-2 semaines. Le Sud ne représente pas vraiment l’esprit pour moi, plutôt la volonté, mais je suis d’accord avec le symbole de la baguette, les bougies aussi, le bois flotté. Je pense que la baguette est moins agressive qu’un Athamé pour diriger le Pouvoir du groupe. 🔥

J’apprécie beaucoup ce qu’elle dit sur l’Ouest et l’Eau, Élément important pour les émotions, que j’associe bien plus au mot « coupe » que « calice », à l’eau salée, la purification, et Aphrodite née de l’écume de l’Océan. 💧 J’insiste comme Starhawk sur l’importance du Nord et de la Terre, symbolisés par le Pentacle, les pierres, le sel, et j’apprécie ses conseils pour créer un Pentacle. Gaïa, la Déesse-Nature-Terre-Mère, me semble parfaite pour l’Exercice 29, que je conseille de terminer en rendant l’Énergie à la Terre avant de faire le suivant le lendemain. ⏚

Les Exercices 30 à 32 peuvent sembler intellectuels ou obscurs mais je les trouve vraiment transformateurs ! « Exercice 30 Méditation du Pentacle – Les cinq étapes de la Vie » incite à réfléchir sur nos composantes, notre existence y compris future, en insistant sur les liens entre les étapes symbolisées sur le Pentacle. Le chant des voyelles est très utile aussi, chacune seule puis par groupes de 2 et 3 ; le U se prononce « ou » et l’E se prononce « é ». Suit l’Exercice 31 « Le Pentagramme de Fer », utile travail sur le Sexe en veillant à ne pas le polariser et lui associer le Désir, travail sur le Soi, les émotions, la fierté (que l’on peut élargir à son sens LGBTQIA+), l’Énergie, et leurs connexions à explorer avec soin. ⛤

« Exercice 32 Le pentagramme de Perle » peut sembler abstrait, moralisateur, mais il permet d’explorer des concepts moins enfantins, plus raffinés : l’Amour et toutes ses facettes (cf. les mots grecs à ce sujet) ; la Sagesse liée à l’Enfant et la Connaissance qui commence à l’adolescence, la Loi de la Nature, le Pouvoir personnel. À nouveau, après ces 3 Exercices, je conseille de rendre à la Terre. 

Ce long travail de développement personnel se termine par le Centre, la Quintessence, le Chaudron, qui représente la Déesse primordiale, le Tout, avec encore 2 Méditations enrichissantes. L’Exercice 35 présente la visualisation du Cercle, en se tournant vers chaque direction, avec des récits poétiques de visualisation. Je suggère de visualiser une plage plutôt qu’une falaise pour l’Eau, et de ne pas oublier les sources ni le Ciel au Nord ; pour dissiper le Cercle il faut visualiser dans l’ordre inverse. Enfin Starhawk parle de l’encens et de l’autel pourtant indispensables. En note, elle développe sur le Tambour chamanique, dont le rythme pulsé est très utile pour tenir un groupe, faire danser, entrer en Transe et le faire descendre. 🥁

« Exercice 36 Consécration d’un outil rituel » permet de refaire plusieurs Exercices en un seul rituel, et au-delà de l’outil, de charger l’autel, la pièce, soi-même de Pouvoir. On commence par l’Exercice 20, puis le 35, selon l’objet une des méditations 24-26-28-30 ; l’objet peut toucher une bougie pour le Feu, du sel pour la Terre (attention si c’est inflammable !) L’idée des fluides corporels est excellente, la cordelette peut être l’occasion de refaire l’Exercice 14, enfin le 7 et la fin du 35. J’insiste comme Starhawk sur l’importance de la visualisation, même si en groupe il est préférable pour mieux canaliser de matérialiser simplement comme elle le propose. 

Après 3 beaux textes que je conseille comme toujours de proclamer à voix haute même quand on est seul-e, l’autrice termine ce long et dense chapitre avec 2 Exercices sur le Cercle de Protection. Le 37 a l’air tout simple mais est en réalité difficile à faire tenir dans la durée ; les visualisations du 35 peuvent aider. Le 38 est une Purification du lieu, qui commence par bannir le négatif avant d’attirer le positif. Une baguette peut remplacer un encombrant balai ; nettoyer et ranger auparavant aide beaucoup. L’eau salée est chargée par l’Exercice 27, je conseille le bannissement en adaptant le 22, puis la purification du 20. Le Cercle peut être l’occasion de refaire encore le 35 puis le 7. Le tout à refaire assez régulièrement, environ 4 fois par an. 

La Théalogie revient au « Chapitre 5 La Déesse », qui s’ouvre par l’Invocation « La Charge de la Déesse » adaptée de Valiente. Elle insiste sur les multiples visages de la Déesse, les rituels, la Nature, la résonnance à l’intérieur de soi. Starhawk insiste sur son origine préhistorique prouvée par les figurines dites Vénus, montrant une Déesse primordiale, chasseuse, cultivatrice, guérisseuse, muse, mégalithique, identifiée à la Nature, la Terre, l’Univers, le Tout, Gaïa-Pachamama. Je commente assez rapidement ce chapitre car j’approuve beaucoup ce qu’en dit l’autrice. Elle identifie aussi la Déesse à la végétation, au corps qui est sacré, le Ciel, la Lune, les Eaux dont les marées sont connectées à la Lune. 🌑🌒🌓🌔🌕🌖🌗🌘🌙🌚🌛🌜🌝

Starhawk rappelle la symbolique de la Triple Lune : croissante elle est la Fille (mot que je préfère à Vierge pour ne pas trop accentuer la « pureté » qui fait tant souffrir les filles), la Pleine Lune est la Mère, décroissante la Vieille ou Crone. Elle propose 3 Exercices (39-41) de méditation sur chacune de ces lunes, à faire au moment adéquat : croissante ☽ Déesse enfant sauvage ; Pleine Lune enceinte, et décroissante ☾ . Numériquement, j’aime beaucoup le lien que fait Starhawk entre la Triple Lune et le Pentacle des âges de la Vie, issu de l’ouvrage de Graves.

Elle relie encore la Déesse à l’initiation, aux Arts (artistiques et ésotériques), la pomme que j’ai déjà expliquée, bref une sorte de polythéaisme y compris la Déesse destructrice comme Sekhmet ou Kali, déesse du Feu purificateur. Starhawk liste plusieurs symboles : les yeux, le croissant, la hache labrys en forme de Triple Lune, le chaudron, les triangles, ovales, losanges, et la double spirale dont elle propose une méditation en Exercice 42. Je conseille de s’auto-enregistrer le texte puis de se le diffuser en méditant, car il est assez complexe à retenir. ꩜

Elle explique que ces différentes déesses sont des visages de la Déesse (même si le polythéisme n’est jamais exclu) qui est partout au quotidien, qui libère des systèmes en nous reconnectant à nos émotions, joyeuse, amoureuse du Vivant, aussi la part féminine de tout Homme (Humain masculin). Son culte se fonde sur des offrandes, des récitations et de la musique ; il est une transformation intérieure, la poursuite de nos désirs. Starhawk propose enfin 9 invocations poétiques, certaines avec une basse chantée par le groupe, des chants répétitifs pour la Transe, des chants pour les Équinoxes et l’Été.

Les notes des sources rappellent l’importance des ouvrages de Merlin Stone, Graves, Leland. En notes « 10/20 ans après », Starhawk insiste sur le côté cyclique de la Déesse comme un Cosmos conscient, bref la Vie. Elle en fait une Déesse créatrice des Humains libres et enfantins, et rappelle l’existence même de « dieux féminins » comme Hermès. Elle rappelle enfin le côté terrestre, terroir de Gaïa, et l’importance de la Transe (avec mise en garde contre les sectes) : élévation, inspiration, intégration, possession de la Déesse par la Musique.

Après la Déesse vient le Dieu, avec une semblable Invocation au début. Starhawk en fait un Dieu qui meurt et renaît, un Dieu de la Sexualité sacrée, un Chamane ; elle lutte contre le stéréotype diabolique du Dieu cornu qui en réalité est lunaire et animal, et rappelle que les interrogatoires des Sorcières étaient de la torture. L’autrice lutte toujours contre une vision trop hétérocentrée, ici elle lutte aussi contre un Dieu masculiniste, même si elle s’élève contre les traditions de Sorcellerie dianique qui ne reconnaît que la Déesse. 🤘

Elle dresse le portrait d’un Dieu sensible, sensuel, une graine au sein de la Déesse, un Dieu corporel, ancré dans le présent, libre. J’apprécie beaucoup comment Starhawk décortique le patriarcat capitaliste et les émotions négatives qu’il engendre, et aussi notre mauvaise habitude occidentale de lier Noir et mauvais. Le Dieu est son propre Père, un Dieu des émotions qui connectent les êtres, de l’Énergie sexuelle, du Désir. Puis elle passe au Dieu du Savoir, le Trismégiste, le Créateur, le Dieu dont nous revivons la Mort puis la Renaissance en Avalon comme une catharsis, le Dieu cyclique, au-delà du Bien et du Mal, Dieu solaire de la Roue de l’Année, de la Danse. 🕺

Starhawk insiste sur l’autosacrifice du Dieu, qui décline juste après Beltaine-Litha et son accouplement avec la Déesse (comme pas mal d’espèces animales), Dieu de l’Amour-Mort ; Pan le Dieu-Tout, entier et sauvage mais aussi réfléchi, qui laisse leur place aux Femmes fortes. Elle décrit encore un Sorcier qui reconnaît sa part féminine et queer, qui ne se prend pas pour un prophète, qui ne commande personne, qui accueille l’extase, la Transe, responsable mais aussi enfantin. Elle rappelle différentes façons d’invoquer le Dieu et donne 7 textes évoquant aussi Dionysos.

Ses notes développent les aspects négatifs du Monde actuel qui empêche les Hommes de réfléchir sur eux-mêmes, elle rappelle aussi que la Mythologie dépasse les limites humaines et n’est pas qu’un recueil d’exemples. Elle revient au Dieu nourricier, végétal et animal, et développe ensuite sur l’archétype jungien du Filou : Dieu du pari, du hasard, de la Vie au quotidien, désintéressé, Dieu du lâcher-prise qui s’en remet au Destin. Starhawk insiste le plus possible sur le fait de ne dominer personne, ne pas confondre sauvage et violent. 🌳🌲🐮

jeudi 16 avril 2026

Starhawk, Spiral Dance : description, critique, conseils (article 1/4)

Spiral Dance (La Danse en Spirale) est l’ouvrage fondateur de la pensée de Starhawk appelée Reclaiming (repossession). Il a été publié en 1979 à New York, réédité et augmenté pour ses 10 et 20 ans ; traduction française de 2021 chez Véga, marque de Trédaniel, à Paris. Je l’ai acheté à la boutique ésotérique-païenne-spirituelle « Les Mists-Terre d’Avalon » à Paris, et j’embrasse Jérôme son adorable gérant. La version française coûte 26€, ce qui est peu par rapport à la richesse du contenu.

Spiral Dance porte en sous-titre « A Rebirth of the Ancient Religion of the Great Goddess », traduit par « Renaissance de l’Ancienne Religion de la Grande Déesse », suivi d’une courte description : « Magie – Rituels – Invocations – Pratiques ». Il présente une forme de Wicca non hiérarchique appelée donc Reclaiming, centrée sur le culte de la Déesse identifiée à la Terre, sur les cycles de la Nature, les Éléments ; une Spiritualité qui s’exprime par des pratiques et rituels magiques assez influencés par ceux de Cunningham mais adaptés aux groupes, avec une forte volonté de rééquilibrer les relations Femmes-Hommes ; une Spiritualité ancrée dans le corps, le rituel et la poésie.

            Dans ce premier article, je vais résumer les chapitres 1 à 3, dans lesquels l’autrice expose sa vision de la Sorcellerie et du Coven (groupe de Sorcières). Cet ouvrage présente d’autres livres de Starhawk mais aussi des CDs, DVDs, sites web, et les films canadiens auxquels elle a participé. L’essentiel de la pratique exposée dans Spiral Dance se compose d’une soixantaine d’« Exercices » au contenu spirituel diversifié, la plupart sont faisables en solitaire et sont des méditations. S’y ajoutent une quarantaine d’invocations (plus nombreuses), chants et bénédictions, parfois difficiles à traduire ; quelques formules pour sortilèges, des « charmes » ou sorts bénéfiques confectionnés avec des plantes, quelques mythes et principes.

Un encadré explique le système malheureusement complexe des notes éclairant le texte principal : les références citées par Starhawk dont les traductions françaises des ouvrages qu’elle cite, les notes de la traductrice notamment à propos des poésies, les notes de bas de page de Starhawk ; et plus encore, les passionnantes notes des éditions des 10e et 20e anniversaires de l’ouvrage, qui sont reléguées en fin de livre mais qui précisent l’évolution de la pensée de l’autrice, qui n’hésite pas à remettre en question certains de ses principes, qui transforme volontiers ses rituels, bref qui ne s’impose pas en gouroue.

Les remerciements permettent déjà d’expliquer certains termes. Suivent deux longues Introductions, dans lesquelles Starhawk prend du recul, décrit son entourage changeant, son militantisme, son influence sur les Cultes de la Déesse, le Néo-Paganisme, les Spiritualités féminines. L’Introduction aux 20 ans est l’occasion d’exposer les principes de Reclaiming, que je conseille de réciter à voix haute et claire, comme tous les autres textes « à prononcer » de ce livre. L’Introduction aux 10 ans contient déjà des remises en cause sur les Énergies « masculine » et « féminine », et balaye les points de vue entre ses propres changements, ceux de son entourage et ceux du Monde ; elle y explique son pseudonyme et d'autres principes.

 

 
Photo de Starhawk

Ce contenu assez autocentré, oscillant entre des descriptions de rituels et des considérations sur un Monde qui prend une mauvaise tournure, se poursuit dans le « Chapitre 1 La Sorcellerie comme Religion de la Déesse ». La Sorcellerie descendrait du Chamanisme, des premières Religions basées sur les perceptions humaines des cycles naturels, les grottes, les « Vénus » préhistoriques et les Mégalithes. Starhawk pointe un premier changement avec les invasions indo-européennes qui ont instauré le patriarcat et un culte guerrier, et un second changement avec le Christianisme, qui « attendit » toutefois la fin du Moyen-Âge et l’alliance entre politique et religion centralisées pour persécuter et torturer les Sorcières (et des Sorciers), jusqu’au XIXe s. dans des zones reculées d’Europe. Elle rappelle à juste titre l’accaparement masculin aux mêmes époques de la gynécologie-obstétrique. 👩

Cela dit, l’autrice ne se contente pas de résumer Gimbutas et Murray, et ne propose pas non plus une réécriture complète de l’Histoire. Comme elle, je suis d’accord sur la misogynie de la plupart des critiques contre Gimbutas : si elles ne sont pas toutes matriarcales, de nombreuses cultures anciennes étaient égalitaires. Concernant les études sur la Sorcellerie, Starhawk critique les idées de Murray sur un culte unifié, elle propose plutôt une diversité des Traditions et une diversité des accusations : femmes et filles qui gênaient des affaires, veuves riches, trop jolies ou laides, trop libres… mais pas toutes Sorcières au sens moderne, par ailleurs assez souvent liées aux hérésies et plusieurs étaient esclaves. Elle ne retient le génocide que dans des cas locaux et cite les chiffres contradictoires des chercheurs-euses ; tout cela est en accord avec les inventaires et archives que j’ai pu lire. ♀

Elle en arrive à sa vision « Pan-Théaiste » (la Déesse est le Tout), féministe, teintée d’Animisme et de Déisme, d’une organisation fluide très protestante, et d’un rapport à la Transe assez proche des Charismatiques. Starhawk décrit une Spiritualité d’empouvoirement dans laquelle on s’aime, sans ségrégation sexuelle/genrée, liée à la Nature, éclectique et promouvant un changement actif, dans un Monde qui n’est pas l’illusion des religions orientales. Le Soi, le Sexe et l’Amour, le Corps, la Vie, la Magie sont mis en avant, sans négliger le travail sur l’Ombre. Son modèle de rituel contient 8 parties : projection du Cercle, invocations, montée du Pouvoir magique, chants-danses-visualisations, Transe, descente, nourritures-boissons-échanges, Cercle dissipé. Elle insiste sur le fait de ne pas polariser Masculin et Féminin, de ne pas se forcer à rejoindre un groupe ou à vivre en pleine cambrousse.

 
Émouvante Déesse-Mère endormie de Malte, IVe millénaire av JC

Le Chapitre 2 poursuit la théologie, ou théalogie car basée sur une Déesse, en parlant de « La Vision du Monde selon la Sorcellerie ». Il s’ouvre sur un joli récit de Création par une Déesse double, qui en chantant engendra des Dieux. Starhawk essaye ici de réécrire une mythologie universelle en s’appuyant sur des Énergies, Forces, Pouvoirs, une perception assez jungienne des choses. Elle en profite pour se corriger à propos du mythe du cerveau « droit et gauche » et présente enfin les 2 premiers « Exercices ». Ils peuvent apparaître déroutants, mais moi qui suis peu visuel j’ai apprécié l’Exercice 1 « Le Jeu avec les Ombres » qui fait changer de point de vue ; l’Exercice 2 « Le Jeu du Rythme » est profitable la nuit dans le noir. 🌚

L’autrice poursuit sa vision psychologique en distinguant plusieurs Sois : juvénile, qui parle (qui juge), divin, des sortes d’archétypes intérieurs. Elle insiste sur la part divine en nous tous (vision jungienne-wiccane-charismatique), l’importance des Arts, ne pas se prendre au sérieux, sans dogmes. Puis elle explique son mythe de Création ou Naissance en essayant de ne pas le rendre trop polarisé entre Masculin et Féminin, en développant les symboliques du Miroir et de l’Eau. Elle poursuit sur le Sexe, l’Amour des Divinités, l’extase du Chamanisme, l’Harmonie, tous des visages de l’Énergie créatrice qui engendre les Divinités. Starhawk décrit les genres et sexes comme des forces que nous avons tou-te-s en nous, en équilibre. 🌓

Outre l’androgynie, elle insiste sur le fait de ne pas glorifier la Mort ni l’Après-Vie, mais de rester sur une Spiritualité de la Vie pour se guérir « ici et maintenant ». Néanmoins, elle propose une Roue de l’Année qui reprend les stéréotypes genrés, assimilant le Dieu au Sacrifice/Offrande et à la Mort, aux êtres vivants, citant Fraser et Graves. Elle insiste sur le fait de ne pas ramener la Déesse à la Vierge uniquement, ni de faire des oppositions binaires. En revenant à la Préhistoire, Starhawk décrit ces sociétés comme pacifiques car elles ont ritualisé les conflits par des sacrifices – parfois le Roi-Prêtre-Chamane se sacrifie lui-même – et ont intégré les cycles de la Nature. Dans ses notes, elle revient sur le continuum des genres, en traçant un Pentacle avec les archétypes de son mythe de Création, en une polarité dynamique. Elle propose enfin une très belle réécriture cosmique, énergétique, non sexuée, de la Roue. 🎡

 

Le Chapitre 3 s’intéresse au Coven et propose enfin plus de pratique. Ici l’autrice décrit des rituels et pratiques des différents groupes de Sorcières dont elle fit et fait partie. Elle préconise un petit groupe sans hiérarchie interne, sans trop se prendre au sérieux, où chaque membre est formé-e et initié-e ; des Covens autonomes et fonctionnant par consensus, ce qui n’empêche pas des organisations plus larges. Cela permet aussi de garder un certain secret sur les rituels et enseignements, en restant ouvert aux curieux-ses. Pour Starhawk, un Coven est un lieu où chacun-e développe son Pouvoir, son Énergie personnelle magique, et celle du groupe. Le groupe a pour but que chacun-e soit meneur-euse, responsable, en canalisant les Énergies ; cela résonne puissamment en moi avec les expériences de groupes que j’ai pu vivre. Dans une note elle distingue la domination, le Pouvoir créatif et l’influence.

L’autrice préconise des rituels dirigés à plusieurs, ce qui m’a semblé plus sain à organiser au sein de la LWE. Les rituels qu’elle décrit, les bruits et chants, font penser à la nécessité d’un endroit calme pour ritualiser ! Elle explique comment passer de l’auto-initiation à l’initiation de chacun-e « pendant un an et un jour », élaborer le cadre des rituels, elle critique aussi son ego de Prêtresse. Starhawk décrit finement les contradictions entre le « Je » qui apparaît avec les responsabilités, et la spontanéité à ne pas perdre, tout en essayant des rituels théâtraux. Elle insiste sur l’importance de se former à diverses sources avant le premier pas ; elle rappelle l’importance de méditer et visualiser seul-e, que le Coven n’a rien d’obligé même s’il fait progresser.

Starhawk insiste sur la sécurité, le temps, le partage nécessaires pour créer un groupe, qui peut commencer par un repas et un tour de table, avant de faire les 5 Exercices qu’elle propose ensuite. Je mets l’accent comme elle sur l’importance du rythme de la voix, des pauses variées, et d’apprendre par cœur la structure en brodant par-dessus, plutôt que le texte exact de l’exercice. Personnellement, je m’étais auto-enregistré pour ensuite diffuser les exercices pendant un Festival de la LWE, cela avait bien marché ! Les Exercices 3 à 7 sont des exercices de groupe mais 5 et 7 peuvent se faire seul-e. Chaque exercice peut être final selon l’Énergie du groupe, en rendant le Pouvoir à la Terre, chacun est séparé du suivant par une longue pause. 🌬

 
Starhawk ne mentionne pas les Chakras, mais ils peuvent être évidemment utiles pour ressentir l'Énergie

L'Exercice 3 se propose de ressentir l’Énergie en cercle, de chacun-e puis de tou-te-s, par la colonne vertébrale, la respiration, de bas en haut, une transition de soi au groupe qui se prend la main. L’Exercice 4 se concentre sur la respiration, tous ensemble sur un rythme lent et calme en cercle qui redevient Un. L’Exercice 5 « L’Arbre de Vie » est une méditation qui peut se faire seul-e sans les exercices précédents. Il s’agit de s’imaginer se transformer en arbre, en se tenant droit, l’Énergie monte, descend dans les racines, remonte comme la sève, monte dans les branches qui font descendre l’Énergie du Ciel. En notes, elle propose de jouer avec les branches, et distingue la connexion à la Terre d’avec rendre le Pouvoir à la Terre. 🌍

Peut suivre l’Exercice 6 « Chant de Pouvoir », précédé de la respiration avec ou sans méditation, respiration qui devient des sons, bruits, cris, chants… qui montent et descendent avant la longue pause. Et enfin Exercice 7 « Rendre le Pouvoir à la Terre » qui clôt obligatoirement tout rituel, en prenant le temps de redescendre, en faisant couler l’Énergie vers le sol. ⏚

 


Starhawk préconise ensuite de manger et boire, faire un retour, enfin clore formellement la réunion par un chant en cercle et un baiser final. Elle rappelle qu’on peut partager nos réalisations, raconter nos vies, ne pas couper le Coven du Monde moderne. Elle pointe le danger des attirances sexuelles entre membres, des ruptures, et met en garde explicitement contre toute adoration d’un-e membre, la nécessité de mettre au clair les conflits et d’exposer des critiques précises, mélioratives, formulées le lendemain du rituel, en gardant en privé les critiques privées. La sûreté du Coven permet ainsi la liberté de ses membres. Dans ses notes, elle insiste sur la communication, le lâcher-prise envers autrui, le fait que les conflits entre 2 membres se règlent en privé. Elle propose la Divination pour voir plus clair quand il y a un conflit, même si les réponses sont souvent brutales et inattendues.

L’Exercice 8 « Transe par association de mots », à faire après 3 et 4 et à clore avec 7, est un exercice de groupe ou chaque membre en sens horaire dit un mot l’un-e après l’autre en association avec le mot précédent ; puis en répétant le mot précédent ; les 2 précédents ; enfin des phrases comme un cadavre exquis, donnant une Transe comme l’Exercice 6. Cela se termine par un temps de repos.

L’autrice insiste à nouveau sur la nécessaire redescente au Monde réel, ce qui à mon sens n’a pas été assez développé dans le groupe païen tourangeau. Pour Starhawk il faut savoir se relaxer, se concentrer, visualiser et projeter, buts des exercices suivants. Il faut aussi respirer, s’étirer, se dévêtir un peu surtout si les vêtements sont serrés, ne jamais se forcer à quoi que ce soit. L’Exercice 9 est une relaxation, à faire seul-e comme les suivants mais possible en groupe : d’abord tendre ses muscles, de bas et haut et de gauche à droite, respirer, puis sur un gros expir, se détendre des extrémités au centre du corps, et rester ainsi plusieurs minutes. Je déconseille de le faire peu avant de se coucher.

 


La visualisation est importante pour Starhawk, qui lui consacre 10 exercices. Il s’agit des sens intérieurs produits par le cerveau, comme dans les rêves, avec les mêmes différences entre personnes que les sens physiques. Elle propose d’abord Exercice 10 « Se relier à la Terre et se centrer », par la colonne vertébrale, à faire avant chaque exercice suivant. Je suggère de ne pas se précipiter et d’en faire un par jour même s’ils sont courts, ne pas hésiter à refaire sans se forcer ni s’épuiser. Il est possible de s’enregistrer chaque texte comme support, ou les apprendre par cœur, dès le 9. Chaque visualisation devrait se terminer en rendant à la Terre.

Exercice 11 « Visualisation simple » propose de visualiser sur un fond blanc des formes, des couleurs puis les 2, à faire même si on n’est pas débutant-e. Exercice 12 propose de visualiser une pomme (symbole ésotérique car coupée en 2 dans la largeur elle dévoile un Pentacle) par les 5 sens. Exercice 13 propose de visualiser un Pentacle se former dans un sens précis pour invoquer, puis se défaire dans le sens inverse pour bannir, ce que j’ai trouvé plus difficile. Puis en Exercice 14 il faut visualiser un nœud se faire et défaire, pour lier/délier un Sortilège.

Puis Starhawk propose des visualisations plus complexes pour s’entraîner, et insiste sur la méditation : Exercice 15 « Méditation de la Bougie », une vraie bougie dans une pièce sombre, meilleure la nuit. Exercice 16 sur le même support d’une vraie bougie, visualiser un diamant. Exercice 17 assis, se fixer dans un miroir, en répétant son nom ; je propose de le faire avec son/ses noms/prénoms/noms sorciers/pseudos… car cela donne des impressions différentes. Enfin il faut projeter soi-même l’Énergie, comme le propose l’Exercice 18 en se visualisant lancer une pierre sur l’expir, de plus en plus loin ; se visualiser utiliser un marteau dans l’Exercice 19.

Enfin elle insiste sur l’accueil des apprenti-e-s dans le Coven, un enseignement libre qui passe rapidement aux rituels, sans obligation de « recruter ». Parmi cet enseignement et la pratique, Starhawk développe sur le besoin d’une activité physique constante, soutenue, en pleine Nature et en contact avec les Éléments, surtout que beaucoup de Sorcières sont citadines ; pratique quotidienne de la relaxation, méditation, visualisation, sans jamais se forcer ; enfin écrire son journal de pratique qui peut être considéré comme un Livre des Ombres. En notes elle insiste sur le nécessaire contact avec la Nature. 🏞

À suivre... 😉

mercredi 11 février 2026

Starhawk et le Reclaiming : Présentation et description

     Cela fait quelques années que je m'intéresse à Starhawk et la tradition païenne/wiccane/sorcière qu'elle a créée, appelée Reclaiming. Je les ai découverts au sein de la « Ligue Wiccane Éclectique », notamment son forum et les événements, rituels organisés. Je constate qu'il existe peu de présentations en français de cette autrice et de sa tradition, j'apporte donc ma petite pierre à leur compréhension. 😊

    L’écrivaine Starhawk est née Miriam Simos dans le Minnesota, aux États-Unis, en 1951. Elle est aussi militante non-violente, enseignante spirituelle et se définit comme une Sorcière. D’origine juive – on ressent d’ailleurs une certaine influence de Spinoza sur sa pensée – elle est installée depuis sa jeunesse en Californie. Son œuvre et sa pensée se situent au carrefour spirituel/religieux et politique de plusieurs idées, certaines issues du New Age et de la pensée de mai-68 : l’écoféminisme, le néo-paganisme, la permaculture, la Wicca, l’altermondialisme, la Sorcellerie moderne, le progressisme sociétal, le culte de la Déesse-Terre 🌎 , dans un esprit syncrétique appelé Reclaiming (ou réappropriation).

    Bien sûr, il est possible de l’assimiler à certains courants du Parti Démocrate des États-Unis ou à la gauche française, mais Starhawk s’intéresse plus à l’ancien sens donné au mot politique : la vie dans la Cité 🌆 (Polis en grec), la vie en communauté, la civilité, les actions plutôt que les discours. Son activisme contre les discriminations, pour les droits des Femmes, ne l’empêche pas d’essayer de voir au-delà du Bien et du Mal pour que chacun-e se réapproprie son corps, ses idées, son environnement. Il s’agit d’une forme d’anarchisme spirituel qui évite au maximum les dérives sectaires et accepte les désaccords, qui sont même explicités.

    Starhawk a écrit de nombreux livres, dont Spiral Dance est le plus connu, elle a participé à des films, écrit des articles, organisé des événements, en bref une activité créatrice de liens et de documents sur sa pensée. Elle creuse les liens entre la physique quantique et ce qu’elle appelle le Pouvoir ou Énergie, force spirituelle de chacun-e et des groupes, à mi-chemin entre l’égrégore et le corps astral. Ses ouvrages reviennent sur les controverses à propos du caractère génocidaire de la Chasse aux Sorcières, mais elle insiste surtout sur l’esprit et la pratique des groupes spirituels, sur les liens entre corps et esprit, entre Humain et écologie profonde. 🌳

    Reclaiming est une Spiritualité incarnée, non dogmatique, reliée à la nature, au corps et au politique, sans chef ni révélation figée. Starhawk s’est beaucoup inspirée des idées de Jung sur la psychologie, la symbolique, pour réinventer le Paganisme. Elle n’a jamais prétendu être prophétesse, révélatrice ou détentrice d’un savoir absolu, et ses ouvrages comportent de nombreuses notes d’elle-même dans leurs rééditions pour corriger ce qu’elle a écrit auparavant. Reclaiming n’est pas une religion fermée, mais une Spiritualité vivante, communautaire, évolutive. ꩜

    Pour Reclaiming, la Terre est sacrée. 🌍 La Nature n’est pas un symbole mais un ensemble de relations vivantes, un écosystème incluant l’Humain et le Spirituel. Le rituel sert à retisser ce lien entre Humain et Nature, pas à s’échapper du Monde. En-dehors de la Terre, de l’Univers, des Éléments, de la Nature, il n’y a pas de cosmologie figée.

    Pour Reclaiming, le pouvoir est partagé. Starhawk insiste sur la différence entre : power-over (pouvoir sur), power-within (pouvoir intérieur), power-with (pouvoir collectif). C’est une réponse directe aux dérives de type « chef charismatique ». En plus de Jung, elle s’appuie aussi sur la psychologie humaniste et sur ses propres expériences de groupes, qu’elle détaille dans ses ouvrages.

    Pour Reclaiming, la Spiritualité est une pratique composée de rituels collectifs basés sur des structures simples, travail énergétique et exercices en solo, danse, chant, transe légère, ancrage corporel. 🕺 D’après Starhawk : si le rituel ne rend pas plus libre, il devient toxique.

    Pour Reclaiming, Spiritualité et politique sont liées. Cela peut mettre mal à l’aise dans le cadre de la laïcité à la française, mais ce mouvement n’impose pas de parti, pas d’idéologie, seulement une éthique claire : écologie, justice sociale, non-violence. ☮ Pour Starhawk, ignorer le politique est déjà un choix politique, souvent en faveur du statu quo des autorités actuelles.

    Reclaiming a développé des outils explicites contre la manipulation dans les groupes, une culture de la remise en question que Starhawk s’applique dans ses ouvrages, une rotation des rôles au sein des groupes, une méfiance assumée envers le charisme individuel. Starhawk insiste beaucoup sur le travail individuel à faire sur sa part d’Ombre, la projection psychologique, le besoin de discernement, la responsabilité individuelle.

 

    J’écrirai plus tard des articles détaillés sur Spiral Dance et La Voie de la Terre. Je présente rapidement ses textes plus politiques Dreaming the Dark (Rêver l’Obscur) et Truth or Dare (Action ou Vérité) où elle articule la Spiritualité, le Pouvoir ésotérique, la domination et la libération collective. Elle montre que la Spiritualité ne sert à rien si elle ne transforme pas les rapports de pouvoir. ✊

    En résumé, Starhawk propose une Spiritualité sans dogme, la Magie comme relation entre les Humains, une pratique ancrée dans la Terre et le collectif, une vigilance réelle contre les abus de pouvoir. Reclaiming n’est pas parfait, mais c’est l’un des rares courants néo-païens à avoir pensé sérieusement la question du Pouvoir, spirituel et politique.

Merci d’avance pour vos commentaires ! Alco 💚 

samedi 26 avril 2025

MON AVIS SUR LE NEW-AGE

    Me voici de retour sur mon blog, après plusieurs mois de travail épuisant mais gratifiant. 😊 Plutôt qu’un simple article descriptif, j’ai eu envie de parler du New-Age ou Nouvel-Âge en donnant mon avis sur cette notion, ce mouvement qui fait parler de lui – souvent en mal – dans les médias modernes, y compris ceux traitant des Spiritualités.

Une image très typique du New-Age

 

    En tout premier, je m’oppose fermement à l’idée-même d’un « Nouvel Âge » (ou Ère, du Verseau ou de n’importe quoi d’autre), notion que je trouve excluante et millénariste, et qui à l’inverse du mythe antique de l’Âge d’Or, viserait à considérer qu’avant et maintenant c’est tout pourri, mais que grâce à on-ne-sait-quoi nous allons bientôt redevenir parfaits. Je ne pense pas non plus que « c’était mieux avant » (pensée que l’on retrouve chez certains néo-païens) ni que notre époque est absolument géniale ; mais l’Histoire nous enseigne que chaque époque a ses défauts et qualités, que les 2-3 derniers siècles ont vu d’innombrables découvertes fulgurantes, et qu’au-delà de nous, notre environnement et notre entourage proches, le futur est difficile à cerner et influencer. 📚💭 Je reste pour ma part partagé entre un certain optimisme – envers mon futur, celui de mes proches et de mon environnement immédiat – et un grand pessimisme quant au futur de l’Humanité, qu’à mon avis aucun mouvement spirituel ne viendra sauver… Néanmoins, cette idée de cycles astrologiques (de renouveau ou à l’inverse de régression) se retrouve dans de nombreuses religions, même si cela est souvent symbolique et moral.

    La nature insaisissable et éclectique du New-Age le rapproche néanmoins des Paganismes modernes et de la Wicca. S’agit-il d’un mouvement non-organisé ? De plusieurs mouvements semblables ? D’une Religion ? Ou de façon plus vague, moins doctrinale, sans clergé : une Spiritualité ? Est-ce un mouvement ésotérique, c’est-à-dire parlant de vérités cachées, d’initié-e-s ? 🤔 Comme le New-Age, les Paganismes modernes et la Wicca puisent des racines dans le renouveau de l’occultisme des XVIIIe-XIXe s., et empruntent des idées au syncrétisme de la Société Théosophique : idées sur l’Âme, sur le Karma, l’Ancienne Religion, développement personnel…

 

Marianne Williamson fit parler d'elle lors de la dernière élection présidentielle US, à la primaire démocrate. Elle fit partie des rares à oser s'élever contre la nouvelle candidature de Biden. Elle est assez représentative du New-Age plutôt chrétien aux États-Unis, à la fois évangélique et très à gauche, très engagée dans l'humanitaire.

 

    Cela dit, plusieurs éléments constitutifs du New-Age me semblent intéressants. Je pense en effet que nous avons tous un « Moi spirituel », quelque-part entre l’Âme, l’étincelle divine, le Noûs, le corps éthérique ou astral ; trop de religions et spiritualités en parlent pour que cela n’existe pas. Il y a bien sûr les dangers de démultiplier et confondre ces notions ésotériques, et de ne se concentrer que sur l’Esprit en niant son Corps, mais ces dangers existent dans d’autres Spiritualités/Religions. Comme de nombreux Paganismes modernes et la Wicca, le New-Age tend à développer une Spiritualité personnelle à chacun-e, par syncrétisme personnel. 🌬

    De même, je suis convaincu de la nécessité d’une pensée holistique, qui (je l’espère) sur le long terme nous réconcilierait avec Gaïa, la Terre-Mère, la Nature, la Déesse, et plus prosaïquement avec les autres êtres vivants, les Éléments, notre environnement, in fine entre Humains corporels et spirituels. Tout est en nous et nous sommes en Tout, c’est pour moi l’une des plus grandes leçons des Paganismes et Polythéismes, antiques et modernes. Comme toute Religion et Spiritualité, le New-Age développe une théologie, une cosmogonie (Création du Monde) et une cosmologie (explication du Monde). 🌍🌎🌏

    Le channeling, c’est-à-dire la communication avec des Esprits, des Entités, est un pilier du New-Age. Cette pratique est présente dans quasiment toutes les Religions, même si en général elle est réservée à des professionnels : Médiums, Chamanes, Prophètes, Initiés. De nombreuses religions professent l’existence d’Esprits, bons ou mauvais. Le New-Age proclame plus ou moins que nous sommes tous capables de channeling, ce qui ne me choque pas plus que ça – j’en ai vécu avec ma grand-mère maternelle – même si cela peut occasionner des dérives, que j’ai connues dans le groupe tourangeau… 👻

    Je n’ai rien non plus contre les pratiques de développement personnel, de guérison personnelle, qui sont à mon avis une grande avancée spirituelle du New-Age. Je connais les dangers du « coaching spirituel », qui mélange la spiritualité avec un culte de la performance et de l’individualisme, mais il existe de nombreuses meilleures façons de se développer spirituellement. 🧠 De nombreuses médecines alternatives existaient bien avant le New-Age, même s’il a énormément fait pour les connaître, avec les dérives que l’on sait…

    Le New-Age développe une Philosophie de la Nature très écologique, qui renouvelle les discours anciens sur les Éléments, les Esprits de la Nature, aux plans matériel et spirituel. Malheureusement cela est entaché d’un discours pseudo-scientifique (Spiritualité quantique par exemple) ; mais plusieurs avancées scientifiques prouvent ce que les Spiritualités anciennes et modernes avaient déjà compris à propos de la Terre, comme être vivant conscient et spirituel. 🌳🐋

    D’un point de vue moral, le New-Age essaie d’éviter le dualisme Bien-Mal, ce que je trouve très appréciable ☯ ; même si un certain nombre de penseurs-euses de ce mouvement sont souvent culpabilisants, comme si le moindre écart allait nous rendre malade, nous éloigner des Esprits ou que-sais-je. Mais cela peut aussi provenir de dérives personnelles, à force d’accumuler pouvoir et argent…

 

Aller, un peu d'idéalisme... 😉

 

    ❌ Cela dit, de nombreuses composantes du New-Age n’ont rien de (néo)-païen : Dieu, en tant qu’entité divine unique, est souvent mentionné, certes par commodité mais aussi pour réellement invoquer l’Unique, dans une perspective monothéiste souvent d’influence protestante évangélique, charismatique.

    De même, Jésus-Christ en tant que Messie est tout aussi invoqué dans le New-Age, comme une sorte de perfection ultime du développement personnel et du channeling, qui influencerait tel « Guide Spirituel » avec tous les risques que l’on peut imaginer. Incontestablement, le New-Age est un syncrétisme ! Toutes les Églises chrétiennes se sont intéressées à ce mouvement, en général pour le critiquer ; mais les points communs existent, au moins en théologie. ✞

    La Wiki française liste des critiques du New-Age, auxquelles je souscris en grande partie. Il s’agit d’un mouvement très vague, non structuré, comme le sont d’ailleurs les Paganismes actuels du moins en France, ainsi que les mouvements wiccans français. Cela ne peut qu’aboutir à des dérives sectaires, comme j’ai pu en vivre… 😡 Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une menace pour la société, mais plutôt d’un symptôme, une réaction face à notre monde post-religieux, extrémisé, politisé, ultra-scientifique, vide de sens et trop individualisé. Je suis absolument d’accord avec les critiques en appropriation culturelle, qui proviennent de cultures extra-occidentales et indigènes souvent pillées par des penseurs-euses et praticiens-ennes New-Age, ce pourquoi pour l’instant j’évite de me lancer dans le Chamanisme. Néanmoins, l’Inde notamment fait depuis plusieurs années la promotion de ses cultures ancestrales en flirtant assez avec le New-Age. 🛕

    Malheureusement, je reconnais que le New-Age, ainsi que la Wicca et les Néo-Paganismes, poussent à la consommation d’objets et de contenus spirituels… De nombreux stages, festivals, rencontres, sont parfois assez onéreux voire carrément hors-de-prix. Je suis donc assez d’accord avec les dérives sur un certain business, le milieu New-Age-Wiccan-Païen-Ésotérique est poreux à de nombreuses arnaques car il n’y a pas d’autorité structurée, même au sein d’un groupe « réglo » il peut y avoir des dérives financières… 🤑

    Je trouve que le renouveau moderne du Paganisme, surtout la Wicca après Cunningham, me semble avoir un lien avec le New-Age, ou en faire partie au moins partiellement. le New-Age a beaucoup à voir avec le Néo-Paganisme depuis les années 60, ainsi qu’avec l’expansion de la Wicca après les années 80. Ce n’est qu’à partir des années 90 qu’il développa des aspects plus consuméristes et pseudo-scientifiques, auxquels le Paganisme n’échappe d’ailleurs pas et qui explosent dans les réseaux sociaux. La « musique New-Age », qui d’ailleurs est très vaste (les différences musicales entre Klaus Schulze, Brian Eno, Mike Oldfield ou Era sont immenses), est très souvent utilisée dans les méditations et les rituels néo-païens, quand ils se font avec de la musique. 🎼

 

 

    💚 En conclusion, plutôt qu’un rejet du New-Age, compréhensible pour les Païens « reconstructionnistes », je pense qu’il vaut mieux que nous apprenions à connaître ce mouvement et à reconnaître nos différences et points communs. Par ailleurs, se référer ou non au New-Age et certains de ses concepts fait débat notamment (mais pas que) dans le Néo-Druidisme, tout en étant plus intégré dans la Wicca. Dans tous les cas, le débat existe sur les liens entre New-Age et Wicca, Paganisme moderne, et j’espère y contribuer à mon modeste niveau. Je pense qu’il ne faut pas rejeter en bloc sous prétexte que cela est mal structuré ou propice à des dérives ; mais qu’il faut tenir compte des points communs qui sont assez nombreux, et ne pas hésiter à emprunter ce qui nous plaît dans ce mouvement. 😊

    Merci d'avance pour vos commentaire ! Alco 😘

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