Dans cet article, je vais résumer le centre de l’ouvrage : les Chapitres 4 à 6 sur la création de l’espace sacré ou Cercle, la Déesse et le Dieu. Après de longues introductions, un début théologique sur la Sorcellerie, de nombreux exercices préliminaires en groupe et solo, Starhawk entre dans le vif de sa pratique avec le « Chapitre 4 Créer l’espace sacré ». ⭕
D’emblée, elle raconte une projection du Cercle magique, par des invocations très parlantes et de nombreuses références à la visualisation, même si le contenu est assez théâtral. Elle n’oublie pas l’invocation au Centre, ce à quoi j’ajoute le Ciel et les Profondeurs pour former une Sphère/Bulle de protection. D’une certaine façon, cette protection magique et cadre des rituels peut être considérée comme un Espace-Temps, un endroit où d’un point de vue humain, divin, spirituel et magique, le Temps et l’Espace se déploient différemment « entre les Mondes ». J’aime bien les idées de « méditation en action » et « Mandala vivant » qu’elle exprime. En notes, elle décrit plusieurs façons poétiques, informelles, de projeter le Cercle en visualisant, bougeant, par le Son aussi ! 🛕
Je suis d’accord avec le fait que les chats et autres familiers et les enfants (pas les ados) ne perturbent pas l’Énergie en traversant le Cercle ; je trouve que le fait de tailler une porte dans le Cercle est plus difficile. L’origine mégalithique du Cercle me semble évidente. Pour moi, le Rituel commence dès la Purification indispensable, par le Sel et l’Eau. Je pratique l’Exercice 20 sans grand changement, on peut transférer le sel par la baguette magique si sa forme le permet. La Purification de groupe Exercice 21 est évidemment plus théâtrale, et doit être suivie par l’Exercice 22 Bannissement pour chasser les « mauvaises » Énergies/Esprits du lieu et du groupe, sous formes d’ordres et de bruits, puis se relier à la Terre. En note, un nécessaire rappel de la Purification directement dans l’Eau salée de l’Océan, avec des éléments de rituel autour. 🌊
En solitaire, un bain salé et parfumé est une bonne solution avant un gros rituels, mais ne remplace pas l’Exercice 20 pour moi. En groupe, il est amusant de tourner en sens horaire pour créer le Cercle, et antihoraire pour le dissiper. Concernant les Éléments et directions : j’insiste sur le fait de ne pas oublier le Centre (le Soi/Nous), et l’ajout du Ciel et des Profondeurs. En plus des correspondances « magiques traditionnelles », il m’arrive d’utiliser des Éléments et directions européanocentrés, inspirés d’écrits grecs comme ceux d’Aristote : Est Terre (masse continentale eurasiatique), Sud Feu, Ouest Eau, Nord Air (vents du Nord comme le Borée). Starhawk rappelle que cet ordre peut changer selon le lieu du rituel, elle rappelle en note qu’il est très conseillé de prendre contact dans la réalité avec chaque Élément.
Je suis toujours étonné que Starhawk ne mentionne pas l’encens comme symbole de l’Air à l’Est, je n’approuve pas vraiment l’épée comme elle le dit en note, et même pour un couteau il faut faire attention énergétiquement. ☁ Pour les Exercices 23, 25, 27, 29, il est évidemment possible de changer les Divinités. Je préconise toujours de faire ces méditations une par jour, quitte à laisser ouvert chez soi un Cercle pendant 1-2 semaines. Le Sud ne représente pas vraiment l’esprit pour moi, plutôt la volonté, mais je suis d’accord avec le symbole de la baguette, les bougies aussi, le bois flotté. Je pense que la baguette est moins agressive qu’un Athamé pour diriger le Pouvoir du groupe. 🔥
J’apprécie beaucoup ce qu’elle dit sur l’Ouest et l’Eau, Élément important pour les émotions, que j’associe bien plus au mot « coupe » que « calice », à l’eau salée, la purification, et Aphrodite née de l’écume de l’Océan. 💧 J’insiste comme Starhawk sur l’importance du Nord et de la Terre, symbolisés par le Pentacle, les pierres, le sel, et j’apprécie ses conseils pour créer un Pentacle. Gaïa, la Déesse-Nature-Terre-Mère, me semble parfaite pour l’Exercice 29, que je conseille de terminer en rendant l’Énergie à la Terre avant de faire le suivant le lendemain. ⏚
Les Exercices 30 à 32 peuvent sembler intellectuels ou obscurs mais je les trouve vraiment transformateurs ! « Exercice 30 Méditation du Pentacle – Les cinq étapes de la Vie » incite à réfléchir sur nos composantes, notre existence y compris future, en insistant sur les liens entre les étapes symbolisées sur le Pentacle. Le chant des voyelles est très utile aussi, chacune seule puis par groupes de 2 et 3 ; le U se prononce « ou » et l’E se prononce « é ». Suit l’Exercice 31 « Le Pentagramme de Fer », utile travail sur le Sexe en veillant à ne pas le polariser et lui associer le Désir, travail sur le Soi, les émotions, la fierté (que l’on peut élargir à son sens LGBTQIA+), l’Énergie, et leurs connexions à explorer avec soin. ⛤
« Exercice 32 Le pentagramme de Perle » peut sembler abstrait, moralisateur, mais il permet d’explorer des concepts moins enfantins, plus raffinés : l’Amour et toutes ses facettes (cf. les mots grecs à ce sujet) ; la Sagesse liée à l’Enfant et la Connaissance qui commence à l’adolescence, la Loi de la Nature, le Pouvoir personnel. À nouveau, après ces 3 Exercices, je conseille de rendre à la Terre.
Ce long travail de développement personnel se termine par le Centre, la Quintessence, le Chaudron, qui représente la Déesse primordiale, le Tout, avec encore 2 Méditations enrichissantes. L’Exercice 35 présente la visualisation du Cercle, en se tournant vers chaque direction, avec des récits poétiques de visualisation. Je suggère de visualiser une plage plutôt qu’une falaise pour l’Eau, et de ne pas oublier les sources ni le Ciel au Nord ; pour dissiper le Cercle il faut visualiser dans l’ordre inverse. Enfin Starhawk parle de l’encens et de l’autel pourtant indispensables. En note, elle développe sur le Tambour chamanique, dont le rythme pulsé est très utile pour tenir un groupe, faire danser, entrer en Transe et le faire descendre. 🥁
« Exercice 36 Consécration d’un outil rituel » permet de refaire plusieurs Exercices en un seul rituel, et au-delà de l’outil, de charger l’autel, la pièce, soi-même de Pouvoir. On commence par l’Exercice 20, puis le 35, selon l’objet une des méditations 24-26-28-30 ; l’objet peut toucher une bougie pour le Feu, du sel pour la Terre (attention si c’est inflammable !) L’idée des fluides corporels est excellente, la cordelette peut être l’occasion de refaire l’Exercice 14, enfin le 7 et la fin du 35. J’insiste comme Starhawk sur l’importance de la visualisation, même si en groupe il est préférable pour mieux canaliser de matérialiser simplement comme elle le propose.
Après 3 beaux textes que je conseille comme toujours de proclamer à voix haute même quand on est seul-e, l’autrice termine ce long et dense chapitre avec 2 Exercices sur le Cercle de Protection. Le 37 a l’air tout simple mais est en réalité difficile à faire tenir dans la durée ; les visualisations du 35 peuvent aider. Le 38 est une Purification du lieu, qui commence par bannir le négatif avant d’attirer le positif. Une baguette peut remplacer un encombrant balai ; nettoyer et ranger auparavant aide beaucoup. L’eau salée est chargée par l’Exercice 27, je conseille le bannissement en adaptant le 22, puis la purification du 20. Le Cercle peut être l’occasion de refaire encore le 35 puis le 7. Le tout à refaire assez régulièrement, environ 4 fois par an.
La Théalogie revient au « Chapitre 5 La Déesse », qui s’ouvre par l’Invocation « La Charge de la Déesse » adaptée de Valiente. Elle insiste sur les multiples visages de la Déesse, les rituels, la Nature, la résonnance à l’intérieur de soi. Starhawk insiste sur son origine préhistorique prouvée par les figurines dites Vénus, montrant une Déesse primordiale, chasseuse, cultivatrice, guérisseuse, muse, mégalithique, identifiée à la Nature, la Terre, l’Univers, le Tout, Gaïa-Pachamama. Je commente assez rapidement ce chapitre car j’approuve beaucoup ce qu’en dit l’autrice. Elle identifie aussi la Déesse à la végétation, au corps qui est sacré, le Ciel, la Lune, les Eaux dont les marées sont connectées à la Lune. 🌑🌒🌓🌔🌕🌖🌗🌘🌙🌚🌛🌜🌝
Starhawk rappelle la symbolique de la Triple Lune : croissante elle est la Fille (mot que je préfère à Vierge pour ne pas trop accentuer la « pureté » qui fait tant souffrir les filles), la Pleine Lune est la Mère, décroissante la Vieille ou Crone. Elle propose 3 Exercices (39-41) de méditation sur chacune de ces lunes, à faire au moment adéquat : croissante ☽ Déesse enfant sauvage ; Pleine Lune enceinte, et décroissante ☾ . Numériquement, j’aime beaucoup le lien que fait Starhawk entre la Triple Lune et le Pentacle des âges de la Vie, issu de l’ouvrage de Graves.
Elle relie encore la Déesse à l’initiation, aux Arts (artistiques et ésotériques), la pomme que j’ai déjà expliquée, bref une sorte de polythéaisme y compris la Déesse destructrice comme Sekhmet ou Kali, déesse du Feu purificateur. Starhawk liste plusieurs symboles : les yeux, le croissant, la hache labrys en forme de Triple Lune, le chaudron, les triangles, ovales, losanges, et la double spirale dont elle propose une méditation en Exercice 42. Je conseille de s’auto-enregistrer le texte puis de se le diffuser en méditant, car il est assez complexe à retenir. ꩜
Elle explique que ces différentes déesses sont des visages de la Déesse (même si le polythéisme n’est jamais exclu) qui est partout au quotidien, qui libère des systèmes en nous reconnectant à nos émotions, joyeuse, amoureuse du Vivant, aussi la part féminine de tout Homme (Humain masculin). Son culte se fonde sur des offrandes, des récitations et de la musique ; il est une transformation intérieure, la poursuite de nos désirs. Starhawk propose enfin 9 invocations poétiques, certaines avec une basse chantée par le groupe, des chants répétitifs pour la Transe, des chants pour les Équinoxes et l’Été.
Les notes des sources rappellent l’importance des ouvrages de Merlin Stone, Graves, Leland. En notes « 10/20 ans après », Starhawk insiste sur le côté cyclique de la Déesse comme un Cosmos conscient, bref la Vie. Elle en fait une Déesse créatrice des Humains libres et enfantins, et rappelle l’existence même de « dieux féminins » comme Hermès. Elle rappelle enfin le côté terrestre, terroir de Gaïa, et l’importance de la Transe (avec mise en garde contre les sectes) : élévation, inspiration, intégration, possession de la Déesse par la Musique.
Après la Déesse vient le Dieu, avec une semblable Invocation au début. Starhawk en fait un Dieu qui meurt et renaît, un Dieu de la Sexualité sacrée, un Chamane ; elle lutte contre le stéréotype diabolique du Dieu cornu qui en réalité est lunaire et animal, et rappelle que les interrogatoires des Sorcières étaient de la torture. L’autrice lutte toujours contre une vision trop hétérocentrée, ici elle lutte aussi contre un Dieu masculiniste, même si elle s’élève contre les traditions de Sorcellerie dianique qui ne reconnaît que la Déesse. 🤘
Elle dresse le portrait d’un Dieu sensible, sensuel, une graine au sein de la Déesse, un Dieu corporel, ancré dans le présent, libre. J’apprécie beaucoup comment Starhawk décortique le patriarcat capitaliste et les émotions négatives qu’il engendre, et aussi notre mauvaise habitude occidentale de lier Noir et mauvais. Le Dieu est son propre Père, un Dieu des émotions qui connectent les êtres, de l’Énergie sexuelle, du Désir. Puis elle passe au Dieu du Savoir, le Trismégiste, le Créateur, le Dieu dont nous revivons la Mort puis la Renaissance en Avalon comme une catharsis, le Dieu cyclique, au-delà du Bien et du Mal, Dieu solaire de la Roue de l’Année, de la Danse. 🕺
Starhawk insiste sur l’autosacrifice du Dieu, qui décline juste après Beltaine-Litha et son accouplement avec la Déesse (comme pas mal d’espèces animales), Dieu de l’Amour-Mort ; Pan le Dieu-Tout, entier et sauvage mais aussi réfléchi, qui laisse leur place aux Femmes fortes. Elle décrit encore un Sorcier qui reconnaît sa part féminine et queer, qui ne se prend pas pour un prophète, qui ne commande personne, qui accueille l’extase, la Transe, responsable mais aussi enfantin. Elle rappelle différentes façons d’invoquer le Dieu et donne 7 textes évoquant aussi Dionysos.
Ses notes développent les aspects négatifs du Monde actuel qui empêche les Hommes de réfléchir sur eux-mêmes, elle rappelle aussi que la Mythologie dépasse les limites humaines et n’est pas qu’un recueil d’exemples. Elle revient au Dieu nourricier, végétal et animal, et développe ensuite sur l’archétype jungien du Filou : Dieu du pari, du hasard, de la Vie au quotidien, désintéressé, Dieu du lâcher-prise qui s’en remet au Destin. Starhawk insiste le plus possible sur le fait de ne dominer personne, ne pas confondre sauvage et violent. 🌳🌲🐮

