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samedi 17 août 2024

LA MUSIQUE ET LES RITUELS II : ÉLÉMENTS DE PRATIQUE

Le lien pour la première partie est ici [j'ai édité cette première partie pour y ajouter quelques éléments] 😊

La Musique existe dans toutes les religions et spiritualités, sous des formes très différentes ; y compris parmi les interprétations fondamentalistes qui condamnent la musique et qui brûlent des instruments. 😡 On cite souvent l’exemple de l’Islam comme d’une religion sans musique : mais la récitation ou cantillation du Coran (mot qui signifie d’ailleurs « récitation » !) et l’appel du muezzin à la prière, appelé Adhan, sont des formes de musique car elles comportent des éléments rythmiques et mélodiques, assez proches de la psalmodie juive et chrétienne. Étant donné les points communs entre les cantillations juives, chrétiennes et musulmanes, il est probable que ces techniques de récitation aient une origine antique, au moins gréco-romaine voire égyptienne, mésopotamienne, perse.

Les paganismes/polythéismes modernes, ainsi que la Wicca, disent souvent descendre des plus anciennes religions — antiques voire préhistoriques — de la plus ancienne Tradition. Il m’a semblé alors intéressant de revenir à ce que l’on sait des musiques préhistoriques et antiques, pour inspirer une musique païenne/polythéiste/wiccane moderne. 😍

Iégor Reznikoff (lien Youtube) a mené beaucoup de recherches sur l'acoustique des grottes et la musique préhistorique

 

Un orchestre égyptien ancien, dans le cadre d'une fête religieuse

Notre corps humain est notre premier instrument : les mains, les pieds, le reste du corps, cela s’appelle des percussions corporelles, il n’y a pas besoin de s’embarrasser d’instruments pour faire de la musique intéressante ! Des stages sont même proposés, souvent organisés par des chefs de chœur car la voix est elle aussi un instrument corporel, même si elle est plus difficile à maîtriser. 💪👏🦶

Je dis bien « la voix » et non pas uniquement le chant, car il existe différentes façons de parler : à voix basse ou haute, chuchoter, respirer, hurler, proclamer, slamer etc. ; chanter « à voix basse » appelée cantillation, chanter à voix haute... Le chant peut se pratiquer seul et/ou en groupe, alterné entre plusieurs groupes, sous forme de monodie (une seule ligne mélodique), ou de polyphonie par exemple le canon, avec ou sans instruments, sans oublier les techniques de chant diphonique… 🎤🗣

Le chant est ancré dans le pelvien, c’est-à-dire le Chakra de la Racine, qu’il faut contracter pour ouvrir la colonne d’air jusqu’au Chakra de la Gorge. Le rapprochement est facile à faire avec l’ancrage à la Terre, d’un point de vue physique et symbolique, et la colonne d'air nous relie jusqu’au Ciel.

Je conseille de ne pas écrire un texte destiné à être prononcé pendant rituel de façon littéraire, en voulant écrire des jolis mots ; mais au contraire de le passer au « gueuloir » comme disait Flaubert, c’est-à-dire se le réciter soi-même, mettre des virgules et points-virgules de respirations, s’écrire des pauses, réécrire et changer l’ordre des mots pour pouvoir mieux les scander ; « De la musique avant toute chose » disait Verlaine. Le silence, les pauses, servent à renouveler l’attention et reposer temporairement les oreilles. 👂

Un chant en groupe peut être très simple, répétitif, improvisé, sur un mantra par exemple, la Transe peut vite arriver dans ces conditions. Un tambour peut être utile pour marquer la pulsation de base. Le live y ajoute toutes les vibrations, la présence du groupe, on s’écoute et on écoute les autres.

Je ne m'y connais pas assez en percussions corporelles pour conseiller des exemples en vidéo, mais il y en a plein sur Youtube, idem la cantillation (même s'il s'agit d'exemples juifs/chrétiens/musulmans).

Pour ce qui est de l'art de réciter un texte, Luchini fait ça très bien, de même que le regretté Roger Carel, ou encore Fanny Ardant ; sans oublier le regretté Alan Rickman en anglais.

Une vidéo qui montre différentes techniques de chant diphonique. Sur Youtube on peut taper "throat singing" (chant de gorge) ou "diphonic singing", "overtone singing" (chanter en harmoniques)

             Il y a aussi un grand nombre de vidéos qui font entendre de nombreuses sortes de polyphonies simples dont on peut s'inspirer : on connaît bien en France les polyphonies corses (cantu in paghjella), mais il existe aussi une tradition sarde appelée cantu a tenore, des polyphonies béarnaises, albanaises (avec beaucoup de dissonances très typiques), macédoniennes, géorgiennes... Certains chercheurs considèrent qu'il existe une ancienne tradition méditerranéenne de polyphonies, remontant probablement à avant l'ère chrétienne, de nombreux chants de ces polyphonies ont des sujets profanes voire païens.

            Dans un style plus New-Age et contemporain, on peut écouter The Harmonic Choir et son directeur David Hykes, ils ont deux chaînes sur Youtube (lien 1 et lien 2).

            Cet album (lien) est incontournable en matière de chants simples sur thèmes païens ! 😍 Sans oublier les traductions françaises sur la chaîne de la LWE (lien), c'est un travail difficile d'adapter les paroles d'une langue au rythme de la musique, surtout que notre langue française est piégeuse avec ses "e muets"...

 
Le groupe "Laboratorium Piesni" est un autre incontournable ! 💕

Je passe aux instruments de musique : les percussions sont d’une importance primordiale dans toutes les cultures préhistoriques et antiques, toutes les cultures extra-occidentales. Elles furent condamnées par l’Église, hormis les cloches, et ne ressurgirent dans la musique occidentale classique qu’avec Beethoven et Berlioz.

Beaucoup de percussions ont une symbolique païenne : dans l’Égypte antique le sistre est un instrument sacré, Apulée mentionne un rythme brève-brève-longue (lien) à jouer au sistre dans le culte d’Isis, parfait exemple de musique antique extrêmement simple et répétitive. Les Bacchanales se déroulaient aux sons des tambours de basques, ceux avec les petites cymbales autour de la membrane. Le rhombe est un étrange instrument répandu de la Grèce antique aux Aborigènes : il s’agit d’une sorte de planche de bois, taillée d’une certaine façon pour faire vibrer l’air, quand on la fait tourner autour du cou. Les Grecs utilisaient le rhombe aux rituels de sorcellerie, d’Hécate notamment. Les cymbales antiques ou crotales ou cymbales de doigts, sont présentes dans la plupart des rituels festifs gréco-romains, et sont passées ensuite dans la musique arabe.

Les cloches et clochettes étaient utilisées dans les rituels bien avant le christianisme, de même les gongs et tam-tams [terme javanais qui désigne un grand gong plat produisant un son non-accordé, ce sont les colonisateurs qui ont appelé « tam-tam » les tambours africains] en Asie du Sud-Est, appelée par l’UNESCO « culture des gongs et des cloches », notamment les gamelans : des orchestres de musique hindouiste, développés à Bali, basés sur les percussions métalliques, qui ont grandement influencé la musique classique contemporaine occidentale à partir de Debussy. Le gamelan symbolise le Feu 🔥, la Forge, le statut sacré hindouiste des forgerons à Bali. La musique des gamelans est fondée sur la symbolique du Temps, de la pulsation, par l’intermédiaire des plus grands gongs et tam-tams qui ponctuent les sections, ce qui renvoie aussi à la symbolique du Cercle. ⭕ Les Temple-blocks ont la même fonction de délimiter le rituel et ses parties, dans le shintoïsme au Japon.

Les guimbardes sont utilisées dans les rituels en Sibérie, les pierres sonores ou lithophones se retrouvent dès la Préhistoire dans le monde entier. Je n’oublie pas les tambours chamaniques, dans lesquels s’exprime la symbolique des matériaux, une peau animale sur un bois végétal, ainsi que les matériaux des baguettes. Starhawk mentionne parfois des tambours précis dans ses rituels, comme la darbouka et le bendir. Les crécelles étaient utilisés dans les rituels festifs, de fertilité qui ont donné naissance au Carnaval. Je passe rapidement sur les hochets, les claves, les cymbales, les carillons suspendus, les sonnailles ou grelots, les triangles, les bâtons entrechoqués, les maracas… Par les matériaux, les formes, les sons, les façons d’utiliser l’instrument : tout est symbolique dans les percussions ! 🥁🪘🕭

 
Une vidéo fabuleuse sur le pouvoir du rythme et de la musique africaine 🌍 (il doit y avoir quelques seins nus, d'où la limite d'âge...)

Le son envoûtant du rhombe

Je pourrais écouter du gamelan pendant des heures... 😍

Les instruments à cordes sont plus complexes à manier, même si une guitare est bien pratique pour s’accompagner. Les instruments à cordes pincées sont surtout mentionnés dans le contexte des poètes-chanteurs : les bardes, les aèdes, plus tard les troubadours et trouvères, les griots, dans un contexte pas toujours religieux, s'accompagnaient de lyres, harpes, koras, gouslis chez les Slaves... 🎸 Les cordes frottées sont très rares à la Préhistoire et dans l’Antiquité européenne-méditerranéenne, et accompagnent souvent les voix.

Les instruments à vents sont répandus dès la Préhistoire, notamment les flûtes en os, les sifflets, les flûtes à bec, les ocarinas, les flûtes droites des Andes, les flûtes de Pan à la symbolique païenne évidente ; sans oublier la symbolique du roseau, de l’os… Ces flûtes existent souvent en plusieurs tailles, leur longueur peut dépasser le mètre ! Les flûtes traversières sont plus récentes.

Les instruments à anches, ainsi que les cuivres, sont beaucoup plus sonores, ce sont des instruments d’apparat, de plein air, là encore dès la Préhistoire.

Encore une playlist Youtube, de l'ensemble Kérylos (lien) qui s'attache à reconstruire la musique grecque antique (et romaine, qui est du même style). L'Épitaphe de Seikilos est un bon exemple de mélodie simple qui peut être chantée sur un bourdon

La Musique est un art du Temps, elle dilate ou rétrécit le Temps selon l’état de Transe. Le rythme et la pulsation sont présents dans toutes les musiques rituelles, avec souvent une même forme musicale : introduction libre et lente, rythme qui s’installe par paliers pour guider la transe en accélérant et en ralentissant, palier haut qui est le sommet de la transe, et coda en redescente par paliers aussi. Les répétitions de motifs musicaux (appelés ostinatos), de rythmes, de phrases, tout cela aide à la Transe.

La poésie antique, l’Illiade et l’Odyssée, le Kalevala, les épopées des Griots, à peu près toutes les épopées du monde, étaient/sont récitées sur des rythmes poétiques (appelés des mètres) répétés et scandés des milliers de fois. Contrairement à la poésie française, les vers n’avaient pas de rimes, mais ils avaient tous le même rythme de syllabes brèves et longues, ce qui permettait de réciter des milliers de vers de mémoire ! 😮

L’usage de la Musique est quasi-systématique pour marquer le début et la fin du rituel, notamment dans les processions chantées. Elle est utilisée pour la cohésion du groupe, elle augmente la prière comme le dit (saint) Augustin d’Hippone, qui reprend des penseurs grecs, la prière est toujours meilleure quand elle est chantée. De nombreux textes antiques disent que le chant est réellement apprécié par les Divinités ; les vertus thérapeutiques de la musique sont connues depuis au moins Pythagore.

La mise en scène du rite dans le temps se fait en musique : on peut utiliser les sons pour créer l’Espace sacré, le Cercle, cela peut se faire aussi en chantant dans le Cercle, par la vibration sonore ; bien sûr la Musique sert à la montée du Pouvoir, de la Transe, de l’Esprit du Groupe. La Musique aide à clore le rituel comme il faut, à organiser la descente énergétique. La Musique induit la Danse 💃🕺, des mouvements, des gestes ; elle induit la poésie par le rythme du texte, le théâtre avec une mise en scène, elle donne un déroulé au rituel en alternant différents effectifs musicaux. Tout cela est possible seul-e évidemment ! Mais un rituel à plusieurs en musique demande de la mise en place, des répétitions au préalable, car c’est une performance, impliquant un rapport à son propre corps et aux corps d’autrui.

 

Cette vidéo, et la suivante de la playlist, montrent bien les effets de transe de l'ostinato (rythmique, mélodique, harmonique). J'aurais pu aussi vous faire écouter le Boléro de Ravel ou des chansons de Michael Jackson, mais c'est plus approprié sur un sujet païen et sur des textes égyptiens anciens 😉𓁀

Le plus ancien exemple de musique superposant 6 voix différentes est à la fois un canon et un ostinato, sur des paroles païennes

Pour conclure : les possibilités offertes par la Musique au sein des rituels sont immenses. Depuis les débuts de la spiritualité, probablement à l’époque de l’Homme de Neandertal, et dans le monde entier, la musique est partie intégrante des religions et spiritualités, sous des formes extrêmement variées, allant du texte récité en rythme aux compositions élaborées avec voix, instruments et partitions.

Dans une perspective païenne-polythéiste-wiccane moderne, s’inspirant des pratiques antiques et préhistoriques, le corps, la voix, le chant, les percussions, les flûtes, semblent être une bonne base pour introduire de la Musique dans les rituels. On peut réciter un texte en y mettant du rythme, des hauteurs différentes, des silences, et bien sûr de le chanter ; on peut ponctuer le rituel par des sons, l’ouvrir et le fermer ; accompagner des processions ou une transe par des pulsations, des répétitions ; chanter seul et/ou en chœur, avec ou sans instruments, en canon, avec un bourdon…

Une dernière chanson qui superpose ostinatos et bourdon, sur un sujet païen ❤🌞

J’espère vous avoir inspiré avec ce texte et vous avoir donné des idées ! Merci d’avance pour vos commentaires. Alco 😘

samedi 6 juillet 2024

LA MUSIQUE ET LES RITUELS : (I) POINT DE VUE PHILOSOPHIQUE

 
Cette jolie image a servi à illustrer la vidéo de ma communication orale

En tant que musicien, musicologue (même si ma spécialité n’est pas du tout la musique païenne) et païen, polythéiste, wiccan : il était incontournable que je parle de Musique sur ce blog, toujours en lien avec le Paganisme, ici plus précisément les rituels. 🎼

J’ai participé à de la Musique païenne et rituelle dans le cadre du Groupe Païen de Touraine, au sein de rituels de diverses longueurs, avec plus ou moins de monde dans les pratiquant-e-s. J’ai participé à l’élaboration d’aspects sonores et musicaux, en pratique et en organisation ; j’étudie aussi la liturgie (catholique) dans ma thèse, ce qui peut servir à comparer.

            Cet article, et les 2 suivants sur ce sujet, est issu d’une communication orale en visio que j’ai faite pour un groupe wiccan, le 3ème groupe (et pour l’instant dernier) dont j’ai fait partie. Ce premier article est consacré à un point de vue philosophique et païen sur la nature de la Musique. 📚


La Musique est, comme tous les Arts, un élément fondamental de l’Humanité, car la Culture elle-même fonde notre nature humaine. 👥 Il y a un débat récent dans la recherche, sur l’existence ou non de « cultures » chez des animaux, selon une vision que je trouve anthropocentrée, mais il semblerait que notre créativité soit plus vaste. Le compositeur Berlioz dit dès le début de son Traité d’Instrumentation et d’Orchestration modernes : « tout corps sonore mis en œuvre par le compositeur est un instrument de musique », on peut évidemment élargir à « tout corps sonore mis en œuvre par un Humain ». Selon cette conception, très moderne pour l’époque de Berlioz : TOUT est Musique, les bruits, les sons, les cycles de la Nature. La Musique vient de nos perceptions, que cela soit un bruit désorganisé ou un son sur une fréquence précise, ces catégories acoustiques deviennent de la Musique si nous le décidons. 👂🧠

J’ai lu il y a longtemps (impossible de mettre la main sur une référence à ce sujet !) qu’en Égyptien Ancien il n’existait pas de mot ou de hiéroglyphe désignant la Musique, car tout son, tout bruit, était intéressant pour les Anciens Égyptiens, que cela soit agréable ou non. Au sein de la Musique, les Femmes ont une importance capitale, car le 1er musicien dont on a le nom était une femme appelée Enheduanna, également poétesse ; toute poésie antique était récitée de façon musicale. Je rappelle en outre que le mot de « Musique » vient des Muses, Déesses des Arts et filles de Zeus. De nombreuses Divinités, féminines et masculines, président à la Musique dans les cultures polythéistes : outre les Muses, nous avons les Dieux Apollon, Dionysos-Bacchus, Pan, Vélès, Xochipilli ; les Déesses Artémis-Diane, Hathor, Saraswati. Dans tous les cas, il s’agit de Divinités très importantes, joyeusement fêtées, aux multiples Pouvoirs. 👸

 

C'est cliché, mais les chants d'oiseaux sont l'exemple le plus fameux du lien entre Musique et Nature...

... Même si certains sont très surprenants ! (fin de la vidéo)

Messiaen est le compositeur qui a été le plus inspiré par les chants d'oiseaux

En plus d’être une création typiquement humaine, la Musique est un Art immatériel. La Musique, ce n’est pas que les instruments de musique, ce n'est pas que les partitions même si elles datent de la Mésopotamie antique, notre vision occidentale moderne repose sur des accessoires. La Musique, ce sont les Vibrations de l’Air, des Énergies, des Pouvoirs : toute Vibration est Musique ! 🌬 La Musique fait vibrer l’Eau, les fréquences basses font vibrer la Terre. Il est plus difficile de lier la musique au Feu même si certains ont inventé le « pyrophone », cela dit le travail du métal relie les cuivres au Feu, sans oublier le lien entre les vibrations et la pulsation du sang. Enfin par sa nature immatérielle, la Musique est liée à l’Éther, l’intellect, le Tout… La Musique et la Danse sont des éléments centraux dans le mythe de création du Monde de Tolkien appelé Ainulindalë ; il fut notamment inspiré par le Kalevala qui est l’épopée nationale finlandaise dont le personnage central est un barde, et dont plusieurs épisodes furent mis en musique par le compositeur Sibelius. La Musique et la Danse expriment aussi l’Espace, en plus du Temps, en faisant vibrer le corps humain et le lieu du rituel. ⌛

La Musique est essentielle aux rituels car elle est un Art du direct, de la pratique, de l’éphémère ; aucun enregistrement, aucune sono ne peut reproduire l’effet physique de la performance réelle, même si la sonorisation est indispensable dans les musiques électroniques. Encore une fois notre vision occidentale moderne est biaisée, trop axée sur l’enseignement des Conservatoires qui repose sur l’écrit et sur l’enregistrement. Dans un contexte rituel païen, on n’a pas besoin de faire un concert, il n'y a aucune pression pour faire de la « belle » Musique, d’autant que le Beau est subjectif et culturel. La Musique est un art de l’instant, de l’improvisation même quand il y a des notes écrites ; le rapport entre l’écrit, l’oral et l’auditif en musique est d’ailleurs très complexe.

Je note aussi un rapport au Silence, surtout dans les rituels. 😶 De nos jours, avec les médias modernes notamment le streaming, on s’enveloppe de Musique, on la consomme, on se crée une tapisserie sonore quotidienne qui peut être ressentie comme insultante pour les musiciens-nes, car écouter de la musique en faisant autre chose c’est ne pas faire vraiment attention à la Musique. Le Silence effraie de nos jours, mais il est important dans un contexte rituel pour marquer certains moments. La Musique est aussi excellente pour l’apprentissage, pour fixer la mémoire et inspirer des comportements comme la Danse, ce qui est primordial dans les rituels. Depuis au moins la Grèce et l’Inde antiques, on considère enfin que la Musique peut soigner, qu’elle est une thérapie pour l’Esprit et le cerveau. 💃


Le surprenant pyrophone. Les sons ne sont pas fixes car les flammes sont bien plus changeantes que l'Air.

 

Un exemple extraordinaire de la maîtrise des vibrations internes, pour créer sans aucun instrument ni partition ! (à écouter avec un bon casque)


La musique de John Cage, très conceptuelle, pose de bonnes problématiques philosophiques. Le silence est-il de la musique ?

 

Certains philosophes se méfient de la Musique car elle n’a pas de message, pas de morale en tant que telle, chacun-e peut plaquer ses propres pensées sur des pièces musicales. Platon dans sa République, qui est une forme d’utopie, bannit les musiciens de sa Cité idéale. Kant et Hegel font de la Musique un divertissement plaisant et léger ; contrairement à Nietzsche qui glorifie le côté amoral de la Musique (sans morale particulière, ne pas confondre avec immoral) en s’opposant à Wagner qui voudrait faire passer des leçons morales dans ses opéras.

Même avec des paroles, même en lisant les argumentaires des compositeurs-trices, les auditeurs-trices de musique se font toujours leurs propres interprétations de ce qu’ils ont entendu, tout le monde plaque sa propre morale sur sa musique préférée (ou pas) ; à tel point que de grands compositeurs comme Rameau ou Bruckner ont réécrit des œuvres entières après avoir été critiquées. Ce rapport complexe entre créateur-trice et auditeur-trice renforce le côté social de la Musique. La Musique est un Art de l’interprétation, dans le sens « jouer un morceau » comme dans le sens « expliquer ce qu’on vient d’entendre », la Musique n’est ni le Bien ni le Mal, qui n’existent pas en termes absolus dans le Paganisme. La Musique n’existe pas sous nos yeux mais dans nos oreilles, il n’y a donc par de Vérité absolue en Musique, car il est difficile de pointer une Vibration dans le Temps pour démontrer cette supposée Vérité. 🎧🎶🎹


 Une reconstitution possible d'une hymne composée par Enheduanna, l'instrument est particulièrement impressionnant. Je suppose que le style du chant mélange ce que nous savons des musiques écrites en cunéiforme, des autres musiques antiques, du rythme de la poésie sumérienne, et la musique orientale moderne.


La version la plus lente, mais aussi la plus belle et subtile, du Cygne de Tuonela de Sibelius, qui décrit le cygne noir gardant les Enfers, symbolisé par le cor anglais (hautbois grave) qui est en solo tout le long de la pièce. D'après le Chant XIV du Kalevala.

 

EDIT : La Musique se compose de plusieurs éléments sonores, très utiles dans un cadre rituel :

Le rythme se compose de durées de notes différentes, sur une durée de base qui s’appelle la pulsation. Le rythme est la fondation des musiques africaines et en général de nombreuses musiques extra-européennes, il est souvent joué par des percussions. Il est d’une importance capitale pour entrer en transe. 🥁

La mélodie se compose de notes de hauteurs différentes qui se succèdent, en général avec des rythmes définis. Elle est la base de la musique occidentale depuis au moins la Grèce antique. Cela ne veut pas dire que les Grecs ignoraient le rythme ou la pulsation, car ils employaient des rythmes complexes fondés sur les rythmes de la langue poétique (appelé le mètre) ; mais tous les traités grecs antiques de musique subordonnent le rythme à la mélodie.

Quand des mélodies sont superposées, on appelle cela la texture musicale. Si les mélodies sont d’importance égale cela s’appelle de la polyphonie, qui est la base de la musique « occidentale savante » (dite classique) ; mais si une mélodie est plus importante que les autres qui l’accompagnent, cela s’appelle de l’harmonie, qui est la base des musiques populaires actuelles. Les textures les plus simples sont : le canon, dans lequel une seule mélodie est superposée à elle-même (comme Vent frais vent du matin, ou Frères Jacques) ; le bourdon qui est une note tenue, généralement grave (mais pas toujours !), qui soutient la mélodie. Ces deux procédés sont courants dans les musiques de traditions orales.

Les différentes sonorités des instruments, des voix, des sons, s’appellent des timbres. L’expression est un élément plus subjectif de la musique, car les émotions que veut transmettre l’/les interprète(s) ne sont pas toujours perçues de la même manière par le public. 🎷🎸🎹🎺🎻

Enfin la forme de la musique, se définit à l’oreille par les différents événements musicaux qui se succèdent. Par exemple, de nombreuses pièces musicales commencent par une première mélodie, puis une seconde qui contraste, et le retour de la première pour conclure : on dit qu’il s’agit d’une forme ABA ou tripartite. L’alternance d’un refrain (la même musique et les mêmes paroles) et des couplets (des paroles différentes sur une même musique) est une autre forme musicale.

 

Une très belle version de ce canon

 

Cet album entier est basé sur un bourdon !

 

Enfin, la Musique a pu être considérée comme un langage, et même un langage universel : pourtant elle ne raconte pas un contenu précis, d’où le fait qu’elle n’a pas de morale. La Musique possède l’architecture, la structure d’un langage mais sans le sens précis des mots. Elle est un moyen d’expression plus émotif, la Musique est le seul Art pouvant émouvoir dès lors qu’on est un fœtus dans le ventre maternel. 👶😍


À la frontière entre son et bruit, avec des effets aléatoires et un grand sens du rythme (il était en couple avec le chorégraphe Merce Cunningham) les œuvres pour piano préparé de John Cage interrogent aussi sur la nature de la musique.


Art humain et divin, Art immatériel de l’instant, Art du Temps et de l’Espace, du Silence, Art de la mémoire, Art structuré mais sans morale, Art de l’interprétation : toutes ces facettes de la Musique la relient aisément aux Paganismes et aux rituels.

Merci pour votre lecture et vos commentaires ! Alco 😊

mardi 16 avril 2024

MON PARCOURS SPIRITUEL : 1 « AVANT LE PAGANISME »

Comme je l’ai dit dans mon message de bienvenue, mes premiers articles seront entre autres consacrés à mon parcours spirituel. Mon propos sera divisé en 5 articles, selon les évolutions et les groupes que j’ai rencontré. Ce premier article raconte ma spiritualité pendant mon enfance et mon adolescence, avant de découvrir mes spiritualités actuelles. 👶

 

 

Aussi loin que je me souvienne, certainement comme beaucoup d’enfants, j’ai ressenti une Harmonie avec la Nature, les paysages, les Éléments, les animaux (notamment les chats 😻, que l’on adore dans ma famille) et végétaux ; plutôt sous la forme d’entités multiples, distinctes mais reliées, formant un Tout mystérieux. Doté d’une imagination débordante, d’une certaine sensibilité, toujours extrêmement curieux, j’ai aussi eu quelquefois des expériences avec des Esprits, des « fantômes » 👻, des présences… Pour autant, je ne suis pas un nostalgique de l’enfance, car j’ai subi tôt la cruauté (influencée par les parents…) des enfants les uns envers les autres, l’injustice, les différences de traitement pour des raisons arbitraires ; ce qui m’insupporte au plus haut point. [si j’avais une nostalgie, ce serait plutôt celle du collège, cette époque où on était idiots autant qu’aventureux, et toujours partants pour des bêtises ! 😜]

Du point de vue familial, au-delà du « Catholicisme officiel » mélangé à de l’athéisme républicain, c’était très mélangé. Du côté de ma mère, un gros héritage très catholique – audacieux mélange andalou-breton – qui s’entrechoque avec des histoires de pratiques magiques, de « superstitions », qu’elle nous racontait parfois mais à l’époque je n’y prêtais pas trop attention ; je le détaillerai évidemment dans d’autres articles. Du côté paternel, le vieux fond catholique de l’Ouest fut remplacé par une laïcité républicaine plus ou moins athée, avec une pointe d’anticléricalisme. Il arrive que, pour choquer des connaissances un peu coincées, mon père se dise « païen » plutôt qu’athée. Je ne lui ai pas encore demandé si cela avait une signification plus profonde pour lui, mais je suppose qu’inconsciemment il m’a influencé, certes moins fortement que les histoires maternelles.

Cependant, je fus baptisé bébé sur les supplications (j’exagère à peine !) de ma grand-mère paternelle, pourtant très peu croyante et jamais pratiquante… À cause de deuils familiaux, ma sœur et mon frère furent baptisés selon leur envie pendant l’adolescence, avec catéchisme et communion, car l’ambiance de la paroisse était très bonne, même si mon père n’était pas hyper d’accord. Et pourtant, je sais pour en avoir un peu discuté avec eux que ma fratrie est à peine plus croyante en Dieu que moi ! 😉

 

Mais revenons à moi. La Musique 🎼, que je pratique depuis mon enfance, m’a profondément marqué dans ma pratique spirituelle. C’est malheureusement rare même aujourd’hui, mes premières expériences de transe ont eu lieu en écoutant et jouant de la musique ; je joue principalement du classique, mais j’écoute de tout, sans m’orienter spécialement vers les musiques dites « de transe ». La Musique m’influença encore plus quand je me mis au début de l’adolescence à jouer de ce qui allait devenir mon instrument principal : l’orgue à tuyaux, celui qu’on trouve dans les églises ! [même si dans de nombreux autres pays, jusqu’au Japon, on en trouve dans plein d’édifices « profanes »]

Inconsciemment, je pense qu’il y a un lieu entre mon attirance vers l’orgue, et ce que ma mère a nommé plus tard ma « période mystique » 😇. En effet, au début de mon adolescence, je me suis intéressé pendant quelques années de façon presque obsessionnelle aux religions en général. Bien sûr, la société et l’enseignement mettant l’accent sur les monothéismes « abrahamiques », j’ai lu la Bible puis le Coran, ainsi que des explications, des résumés, sur tel point qui me posait problème. Globalement, je trouve que l’Ancien Testament oscille entre des aventures incroyables (Moïse quand même !) et une morale épouvantable et ennuyeuse à lire (la loi juive, ouille). Le Nouveau Testament porte un message bien moins violent voire un peu niais, mais très déformé par les Apôtres… Le Coran me semble un mélange de mysticisme incompréhensible (de l’avis même du grand spécialiste Jacques Berque), de sagesse bien trouvée et d’une morale aussi pesante que celle de la Bible ; il est beaucoup plus difficile à lire et à comprendre, les fameux versets « violents » sont non seulement peu nombreux mais peuvent s’interpréter de multiples façons. ✝☪✡

 

Un exemple d'orgue "profane" : cet orgue se trouve actuellement dans la chapelle du château de Frederiksborg (au Nord de Copenhague) mais il fut construit en 1610 pour la salle de bal du château de Brunswick-Wolfenbüttel (centre de l'Allemagne).

Contrairement à un certain nombre d’intellectuels et d’artistes, j’ai toujours été assez indifférent aux rituels catholiques (ou orthodoxes) certes très élaborés avec une bonne dose de belle musique, mais aussi interminables, dans une ambiance parfois étouffante selon la communauté, et assenant des « leçons de vie » pas très subtiles… Parmi les « pratiquants au moins mensuels », je n’ai pas eu besoin de creuser beaucoup pour entendre des opinions rétrogrades (et encore je suis gentil) sur tout un tas de sujets, sans parler de l’omerta sur les abus internes... 😡 Parfois je me dis que si je revenais à une religion abrahamique, je serais plutôt protestant « européen », car ils ne triturent pas les textes pour leur faire dire n’importe quoi, et leurs rituels sont simples (je ne parle pas des évangéliques américains, complétement sectaires !)

En jouant de l’orgue aux offices et aux messes, j’ai pu d’un point de vue mystique et spirituel apprécier la force d’un rituel bien mené, beau, où tout est à sa place, en accord avec l’énergie du groupe et du lieu ; mais aussi, plus rarement, voir des communautés renfermées, étouffantes, mesquines, et globalement une morale très hypocrite (aime ton prochain sauf s’il est comme ci ou comme ça, une hiérarchie dépravée te bassine avec des leçons de vie, etc.) 🙄


Ce livre fit partie de ceux qui me firent découvrir les merveilles de l'Égypte antique ☥💘
 

À la même époque (une adolescence bien remplie !), ma curiosité toujours aussi envahissante me fit m’intéresser aux civilisation, mythologies, religions antiques, étant déjà passionné d’Histoire. Ma passion pour l’Égypte antique datait de mon enfance, renforcée par les innombrables merveilles archéologiques et leur amour des chats. Je découvris les Grecs et les Romains à l’adolescence donc, puis les Gaulois/Celtes, Nordiques, Mésopotamiens, Perses, Indiens, etc. plus tard. Je trouvais – et trouve encore – ces légendes, « contes », Mythes, bien plus divertissants, variés, que les « Livres saints » monothéistes : des mythologies racontant la Vie autant que la Mort, l’Amour autant que le Sexe, la Sagesse autant que la violence, avec une quantité incroyable d’épisodes et de rebondissements ! Ces récits délivrent une morale claire mais rarement binaire, racontée d’une façon bien plus subtile et moins enfantine que dans la Bible. 📚

Pour terminer de complexifier ma situation à la fin de l’adolescence, je m’intéressais aux rêves. En effet, depuis mon enfance, quelques mois après sa mort prématurée, je rêvai de façon irrégulière de ma grand-mère maternelle, qui parfois me délivrait un « message » difficilement compréhensible mais qui me laissait une forte impression. J’en parlais un peu à ma mère qui me conseilla plus tard de lire Freud à ce sujet. Je rêvai aussi quelquefois d’une figure féminine pouvant s’apparenter à une Déesse, que j’assimilai à Isis sans pour autant me considérer à l’époque comme (néo-)païen. Je parle de « rêves » mais cela me laissait plutôt une impression de « visite nocturne », pour ma grand-mère autant qu’Isis.

EDIT : j'avais oublié d'en parler, mais j'ai eu un courte période (1 an scolaire donc 10 mois) de Bouddhisme Zen japonais, tradition Soto. J'étais encore ado et je suivais mes études de musique à Nice, lorsque j'entendis parler de Roland Yuno Rech et de son Temple niçois, disciple de Deshimaru. Ne m'étant pas encore défini comme païen à l'époque, je fus tenté par cette voie comme de nombreux Occidentaux. J'en garde de bons souvenirs, une ambiance détendue et concentrée à la fois, jamais dans le jugement, avec des personnes aux parcours variés. La pratique consiste essentiellement à garder la position de zazen, avec quelques mantras, marche méditative, et des enseignements tournant autour de cette pratique. Tout cela me parut finalement austère, assez répétitif, « trop simple » d'une certaine façon, et je n'y pensais plus trop une fois arrivé à Tours. J'en ai gardé un certain goût pour la simplicité, ne pas être trop ostentatoire, mais mon côté sensuel a pris le dessus et je n'apprécie guère l'ascétisme... 😝 Je trouve toujours la pensée de Bouddha intéressante, mais trop difficile pour nous pauvres mortels, et en définitive assez peu tournée vers l'Humain et la Nature.

 

C’est difficile de tirer un « bilan » de la spiritualité de mon enfance et adolescence car déjà c’est lointain, et à cette époque je ne pensais pas comme maintenant. J’avais autant l’impression de découvrir plein de choses que de m’éparpiller. Y aurait-il une cause « spirituelle » (très secondaire) à la maladie qui me frappa à la fin de l’adolescence et me précipita dans le Paganisme et la Wicca ? La suite au prochain épisode ! 😘 Alco

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