Spiral Dance (La Danse en Spirale) est l’ouvrage fondateur de la pensée de Starhawk appelée Reclaiming (repossession). Il a été publié en 1979 à New York, réédité et augmenté pour ses 10 et 20 ans ; traduction française de 2021 chez Véga, marque de Trédaniel, à Paris. Je l’ai acheté à la boutique ésotérique-païenne-spirituelle « Les Mists-Terre d’Avalon » à Paris, et j’embrasse Jérôme son adorable gérant. La version française coûte 26€, ce qui est peu par rapport à la richesse du contenu.
Spiral Dance porte en sous-titre « A Rebirth of the Ancient Religion of the Great Goddess », traduit par « Renaissance de l’Ancienne Religion de la Grande Déesse », suivi d’une courte description : « Magie – Rituels – Invocations – Pratiques ». Il présente une forme de Wicca non hiérarchique appelée donc Reclaiming, centrée sur le culte de la Déesse identifiée à la Terre, sur les cycles de la Nature, les Éléments ; une Spiritualité qui s’exprime par des pratiques et rituels magiques assez influencés par ceux de Cunningham mais adaptés aux groupes, avec une forte volonté de rééquilibrer les relations Femmes-Hommes ; une Spiritualité ancrée dans le corps, le rituel et la poésie.
Dans ce premier article, je vais résumer les chapitres 1 à 3, dans lesquels l’autrice expose sa vision de la Sorcellerie et du Coven (groupe de Sorcières). Cet ouvrage présente d’autres livres de Starhawk mais aussi des CDs, DVDs, sites web, et les films canadiens auxquels elle a participé. L’essentiel de la pratique exposée dans Spiral Dance se compose d’une soixantaine d’« Exercices » au contenu spirituel diversifié, la plupart sont faisables en solitaire et sont des méditations. S’y ajoutent une quarantaine d’invocations (plus nombreuses), chants et bénédictions, parfois difficiles à traduire ; quelques formules pour sortilèges, des « charmes » ou sorts bénéfiques confectionnés avec des plantes, quelques mythes et principes.
Un encadré explique le système malheureusement complexe des notes éclairant le texte principal : les références citées par Starhawk dont les traductions françaises des ouvrages qu’elle cite, les notes de la traductrice notamment à propos des poésies, les notes de bas de page de Starhawk ; et plus encore, les passionnantes notes des éditions des 10e et 20e anniversaires de l’ouvrage, qui sont reléguées en fin de livre mais qui précisent l’évolution de la pensée de l’autrice, qui n’hésite pas à remettre en question certains de ses principes, qui transforme volontiers ses rituels, bref qui ne s’impose pas en gouroue.
Les remerciements permettent déjà d’expliquer certains termes. Suivent deux longues Introductions, dans lesquelles Starhawk prend du recul, décrit son entourage changeant, son militantisme, son influence sur les Cultes de la Déesse, le Néo-Paganisme, les Spiritualités féminines. L’Introduction aux 20 ans est l’occasion d’exposer les principes de Reclaiming, que je conseille de réciter à voix haute et claire, comme tous les autres textes « à prononcer » de ce livre. L’Introduction aux 10 ans contient déjà des remises en cause sur les Énergies « masculine » et « féminine », et balaye les points de vue entre ses propres changements, ceux de son entourage et ceux du Monde ; elle y explique son pseudonyme et d'autres principes.
Ce contenu assez autocentré, oscillant entre des descriptions de rituels et des considérations sur un Monde qui prend une mauvaise tournure, se poursuit dans le « Chapitre 1 La Sorcellerie comme Religion de la Déesse ». La Sorcellerie descendrait du Chamanisme, des premières Religions basées sur les perceptions humaines des cycles naturels, les grottes, les « Vénus » préhistoriques et les Mégalithes. Starhawk pointe un premier changement avec les invasions indo-européennes qui ont instauré le patriarcat et un culte guerrier, et un second changement avec le Christianisme, qui « attendit » toutefois la fin du Moyen-Âge et l’alliance entre politique et religion centralisées pour persécuter et torturer les Sorcières (et des Sorciers), jusqu’au XIXe s. dans des zones reculées d’Europe. Elle rappelle à juste titre l’accaparement masculin aux mêmes époques de la gynécologie-obstétrique. 👩
Cela dit, l’autrice ne se contente pas de résumer Gimbutas et Murray, et ne propose pas non plus une réécriture complète de l’Histoire. Comme elle, je suis d’accord sur la misogynie de la plupart des critiques contre Gimbutas : si elles ne sont pas toutes matriarcales, de nombreuses cultures anciennes étaient égalitaires. Concernant les études sur la Sorcellerie, Starhawk critique les idées de Murray sur un culte unifié, elle propose plutôt une diversité des Traditions et une diversité des accusations : femmes et filles qui gênaient des affaires, veuves riches, trop jolies ou laides, trop libres… mais pas toutes Sorcières au sens moderne, par ailleurs assez souvent liées aux hérésies et plusieurs étaient esclaves. Elle ne retient le génocide que dans des cas locaux et cite les chiffres contradictoires des chercheurs-euses ; tout cela est en accord avec les inventaires et archives que j’ai pu lire. ♀
Elle en arrive à sa vision « Pan-Théaiste » (la Déesse est le Tout), féministe, teintée d’Animisme et de Déisme, d’une organisation fluide très protestante, et d’un rapport à la Transe assez proche des Charismatiques. Starhawk décrit une Spiritualité d’empouvoirement dans laquelle on s’aime, sans ségrégation sexuelle/genrée, liée à la Nature, éclectique et promouvant un changement actif, dans un Monde qui n’est pas l’illusion des religions orientales. Le Soi, le Sexe et l’Amour, le Corps, la Vie, la Magie sont mis en avant, sans négliger le travail sur l’Ombre. Son modèle de rituel contient 8 parties : projection du Cercle, invocations, montée du Pouvoir magique, chants-danses-visualisations, Transe, descente, nourritures-boissons-échanges, Cercle dissipé. Elle insiste sur le fait de ne pas polariser Masculin et Féminin, de ne pas se forcer à rejoindre un groupe ou à vivre en pleine cambrousse.
Le Chapitre 2 poursuit la théologie, ou théalogie car basée sur une Déesse, en parlant de « La Vision du Monde selon la Sorcellerie ». Il s’ouvre sur un joli récit de Création par une Déesse double, qui en chantant engendra des Dieux. Starhawk essaye ici de réécrire une mythologie universelle en s’appuyant sur des Énergies, Forces, Pouvoirs, une perception assez jungienne des choses. Elle en profite pour se corriger à propos du mythe du cerveau « droit et gauche » et présente enfin les 2 premiers « Exercices ». Ils peuvent apparaître déroutants, mais moi qui suis peu visuel j’ai apprécié l’Exercice 1 « Le Jeu avec les Ombres » qui fait changer de point de vue ; l’Exercice 2 « Le Jeu du Rythme » est profitable la nuit dans le noir. 🌚
L’autrice poursuit sa vision psychologique en distinguant plusieurs Sois : juvénile, qui parle (qui juge), divin, des sortes d’archétypes intérieurs. Elle insiste sur la part divine en nous tous (vision jungienne-wiccane-charismatique), l’importance des Arts, ne pas se prendre au sérieux, sans dogmes. Puis elle explique son mythe de Création ou Naissance en essayant de ne pas le rendre trop polarisé entre Masculin et Féminin, en développant les symboliques du Miroir et de l’Eau. Elle poursuit sur le Sexe, l’Amour des Divinités, l’extase du Chamanisme, l’Harmonie, tous des visages de l’Énergie créatrice qui engendre les Divinités. Starhawk décrit les genres et sexes comme des forces que nous avons tou-te-s en nous, en équilibre. 🌓
Outre l’androgynie, elle insiste sur le fait de ne pas glorifier la Mort ni l’Après-Vie, mais de rester sur une Spiritualité de la Vie pour se guérir « ici et maintenant ». Néanmoins, elle propose une Roue de l’Année qui reprend les stéréotypes genrés, assimilant le Dieu au Sacrifice/Offrande et à la Mort, aux êtres vivants, citant Fraser et Graves. Elle insiste sur le fait de ne pas ramener la Déesse à la Vierge uniquement, ni de faire des oppositions binaires. En revenant à la Préhistoire, Starhawk décrit ces sociétés comme pacifiques car elles ont ritualisé les conflits par des sacrifices – parfois le Roi-Prêtre-Chamane se sacrifie lui-même – et ont intégré les cycles de la Nature. Dans ses notes, elle revient sur le continuum des genres, en traçant un Pentacle avec les archétypes de son mythe de Création, en une polarité dynamique. Elle propose enfin une très belle réécriture cosmique, énergétique, non sexuée, de la Roue. 🎡
Le Chapitre 3 s’intéresse au Coven et propose enfin plus de pratique. Ici l’autrice décrit des rituels et pratiques des différents groupes de Sorcières dont elle fit et fait partie. Elle préconise un petit groupe sans hiérarchie interne, sans trop se prendre au sérieux, où chaque membre est formé-e et initié-e ; des Covens autonomes et fonctionnant par consensus, ce qui n’empêche pas des organisations plus larges. Cela permet aussi de garder un certain secret sur les rituels et enseignements, en restant ouvert aux curieux-ses. Pour Starhawk, un Coven est un lieu où chacun-e développe son Pouvoir, son Énergie personnelle magique, et celle du groupe. Le groupe a pour but que chacun-e soit meneur-euse, responsable, en canalisant les Énergies ; cela résonne puissamment en moi avec les expériences de groupes que j’ai pu vivre. Dans une note elle distingue la domination, le Pouvoir créatif et l’influence.
L’autrice préconise des rituels dirigés à plusieurs, ce qui m’a semblé plus sain à organiser au sein de la LWE. Les rituels qu’elle décrit, les bruits et chants, font penser à la nécessité d’un endroit calme pour ritualiser ! Elle explique comment passer de l’auto-initiation à l’initiation de chacun-e « pendant un an et un jour », élaborer le cadre des rituels, elle critique aussi son ego de Prêtresse. Starhawk décrit finement les contradictions entre le « Je » qui apparaît avec les responsabilités, et la spontanéité à ne pas perdre, tout en essayant des rituels théâtraux. Elle insiste sur l’importance de se former à diverses sources avant le premier pas ; elle rappelle l’importance de méditer et visualiser seul-e, que le Coven n’a rien d’obligé même s’il fait progresser.
Starhawk insiste sur la sécurité, le temps, le partage nécessaires pour créer un groupe, qui peut commencer par un repas et un tour de table, avant de faire les 5 Exercices qu’elle propose ensuite. Je mets l’accent comme elle sur l’importance du rythme de la voix, des pauses variées, et d’apprendre par cœur la structure en brodant par-dessus, plutôt que le texte exact de l’exercice. Personnellement, je m’étais auto-enregistré pour ensuite diffuser les exercices pendant un Festival de la LWE, cela avait bien marché ! Les Exercices 3 à 7 sont des exercices de groupe mais 5 et 7 peuvent se faire seul-e. Chaque exercice peut être final selon l’Énergie du groupe, en rendant le Pouvoir à la Terre, chacun est séparé du suivant par une longue pause. 🌬
L'Exercice 3 se propose de ressentir l’Énergie en cercle, de chacun-e puis de tou-te-s, par la colonne vertébrale, la respiration, de bas en haut, une transition de soi au groupe qui se prend la main. L’Exercice 4 se concentre sur la respiration, tous ensemble sur un rythme lent et calme en cercle qui redevient Un. L’Exercice 5 « L’Arbre de Vie » est une méditation qui peut se faire seul-e sans les exercices précédents. Il s’agit de s’imaginer se transformer en arbre, en se tenant droit, l’Énergie monte, descend dans les racines, remonte comme la sève, monte dans les branches qui font descendre l’Énergie du Ciel. En notes, elle propose de jouer avec les branches, et distingue la connexion à la Terre d’avec rendre le Pouvoir à la Terre. 🌍
Peut suivre l’Exercice 6 « Chant de Pouvoir », précédé de la respiration avec ou sans méditation, respiration qui devient des sons, bruits, cris, chants… qui montent et descendent avant la longue pause. Et enfin Exercice 7 « Rendre le Pouvoir à la Terre » qui clôt obligatoirement tout rituel, en prenant le temps de redescendre, en faisant couler l’Énergie vers le sol. ⏚
Starhawk préconise ensuite de manger et boire, faire un retour, enfin clore formellement la réunion par un chant en cercle et un baiser final. Elle rappelle qu’on peut partager nos réalisations, raconter nos vies, ne pas couper le Coven du Monde moderne. Elle pointe le danger des attirances sexuelles entre membres, des ruptures, et met en garde explicitement contre toute adoration d’un-e membre, la nécessité de mettre au clair les conflits et d’exposer des critiques précises, mélioratives, formulées le lendemain du rituel, en gardant en privé les critiques privées. La sûreté du Coven permet ainsi la liberté de ses membres. Dans ses notes, elle insiste sur la communication, le lâcher-prise envers autrui, le fait que les conflits entre 2 membres se règlent en privé. Elle propose la Divination pour voir plus clair quand il y a un conflit, même si les réponses sont souvent brutales et inattendues.
L’Exercice 8 « Transe par association de mots », à faire après 3 et 4 et à clore avec 7, est un exercice de groupe ou chaque membre en sens horaire dit un mot l’un-e après l’autre en association avec le mot précédent ; puis en répétant le mot précédent ; les 2 précédents ; enfin des phrases comme un cadavre exquis, donnant une Transe comme l’Exercice 6. Cela se termine par un temps de repos.
L’autrice insiste à nouveau sur la nécessaire redescente au Monde réel, ce qui à mon sens n’a pas été assez développé dans le groupe païen tourangeau. Pour Starhawk il faut savoir se relaxer, se concentrer, visualiser et projeter, buts des exercices suivants. Il faut aussi respirer, s’étirer, se dévêtir un peu surtout si les vêtements sont serrés, ne jamais se forcer à quoi que ce soit. L’Exercice 9 est une relaxation, à faire seul-e comme les suivants mais possible en groupe : d’abord tendre ses muscles, de bas et haut et de gauche à droite, respirer, puis sur un gros expir, se détendre des extrémités au centre du corps, et rester ainsi plusieurs minutes. Je déconseille de le faire peu avant de se coucher.
La visualisation est importante pour Starhawk, qui lui consacre 10 exercices. Il s’agit des sens intérieurs produits par le cerveau, comme dans les rêves, avec les mêmes différences entre personnes que les sens physiques. Elle propose d’abord Exercice 10 « Se relier à la Terre et se centrer », par la colonne vertébrale, à faire avant chaque exercice suivant. Je suggère de ne pas se précipiter et d’en faire un par jour même s’ils sont courts, ne pas hésiter à refaire sans se forcer ni s’épuiser. Il est possible de s’enregistrer chaque texte comme support, ou les apprendre par cœur, dès le 9. Chaque visualisation devrait se terminer en rendant à la Terre.
Exercice 11 « Visualisation simple » propose de visualiser sur un fond blanc des formes, des couleurs puis les 2, à faire même si on n’est pas débutant-e. Exercice 12 propose de visualiser une pomme (symbole ésotérique car coupée en 2 dans la largeur elle dévoile un Pentacle) par les 5 sens. Exercice 13 propose de visualiser un Pentacle se former dans un sens précis pour invoquer, puis se défaire dans le sens inverse pour bannir, ce que j’ai trouvé plus difficile. Puis en Exercice 14 il faut visualiser un nœud se faire et défaire, pour lier/délier un Sortilège.
Puis Starhawk propose des visualisations plus complexes pour s’entraîner, et insiste sur la méditation : Exercice 15 « Méditation de la Bougie », une vraie bougie dans une pièce sombre, meilleure la nuit. Exercice 16 sur le même support d’une vraie bougie, visualiser un diamant. Exercice 17 assis, se fixer dans un miroir, en répétant son nom ; je propose de le faire avec son/ses noms/prénoms/noms sorciers/pseudos… car cela donne des impressions différentes. Enfin il faut projeter soi-même l’Énergie, comme le propose l’Exercice 18 en se visualisant lancer une pierre sur l’expir, de plus en plus loin ; se visualiser utiliser un marteau dans l’Exercice 19.
Enfin elle insiste sur l’accueil des apprenti-e-s dans le Coven, un enseignement libre qui passe rapidement aux rituels, sans obligation de « recruter ». Parmi cet enseignement et la pratique, Starhawk développe sur le besoin d’une activité physique constante, soutenue, en pleine Nature et en contact avec les Éléments, surtout que beaucoup de Sorcières sont citadines ; pratique quotidienne de la relaxation, méditation, visualisation, sans jamais se forcer ; enfin écrire son journal de pratique qui peut être considéré comme un Livre des Ombres. En notes elle insiste sur le nécessaire contact avec la Nature. 🏞
À suivre... 😉

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